Les romans

Situés entre la biographie et le conte, les romans préfigurent en quelque sorte le roman d'aventures. Il ne s'agit pas de véritables "contes", de récits fictifs mais de récits à fond historique, des histoires romancées : L'Histoire de Sinouhé et les Mésaventures d'Ounamon sont des narrations plus ou moins arrangées de faits réels. Composés par des scribes de talent, les romans étaient destinés à un public de lettrés, capables d'apprécier l'art de la composition, la langue et le style. Ils occupent une place de choix parmi les œuvres littéraires de l'ancienne Égypte.

L'Histoire de Sinouhé

Le récit le plus connu est l'Histoire de Sinouhé (XIIe dynastie) qui a dû jouir d'une grande popularité auprès des Égyptiens de la XIIe à la XXe dynastie, vu le nombre de manuscrits, de fragments de manuscrits, sur papyrus ou sur ostraca, qui sont arrivés jusqu'à nous. D'un style élégant, d'une langue classique, il se distingue par l'habileté de sa composition et a servi, des siècles durant, de modèle de style dans les écoles.
Le manuscrit principal est le Papyrus de Berlin 3022.

L'Histoire de Sinouhé est probablement, à un règne près, contemporaine des événements qui y sont narrés. Afin de prendre un caractère d'authenticité, cette composition littéraire se donne pour une inscription autobiographique que Sinouhé aurait fait graver sur une paroi de son tombeau où il aurait narré les grands événements de sa carrière dont le plus notable était son long séjour en Asie, au pays appelé Réténou.

L'histoire se situe au début de la XIIe dynastie. Haut dignitaire, Sinouhé est en campagne avec le prince héritier quand parvient la nouvelle de la mort d'Amenemhat Ier. Pris de panique pour des raisons obscures, il s'enfuit en Asie.
Après une longue errance, il est recueilli par des Bédouins chez qui il finit par occuper une position enviable.
Les années passent et Sinouhé est en proie au mal du pays. Répondant à l'appel de Sénousret Ier, il retrouve enfin son pays et réalise le vœu suprême de tout Égyptien : mourir dans sa patrie.

La raison de son exil en terre étrangère, sans être certaine, se déduit avec vraisemblance des premières lignes du récit.
Quant Amenemhat Ier mourut, le prince héritier Sénousret était en train de guerroyer en Libye. Les amis qu'il avait à la cour l'informèrent sans retard de la mort du roi si bien qu'il put, à l'insu de tous, retourner à la capitale. Mais un autre fils royal qui avait des prétentions au trône et qui se trouvait à l'armée fut également mis au courant de la situation par des émissaires dont Sinouhé surprit involontairement les révélations.
Ignorant que Sénousret était déjà parti, Sinouhé se vit, ainsi que son maître, en butte à de sérieux dangers et s'enfuit à l'aventure.

Les aventures d'Ounamon

Les Aventures d'Ounamon datent de la fin du Nouvel Empire. Elles sont connues par un papyrus unique trouvé en 1891 dans les environs d'El-Hibèh en Moyenne Égypte et conservé aujourd'hui à Moscou.
Le manuscrit daterait de la XXIIe dynastie mais il est vraisemblable qu'il reproduit un original dont la rédaction a dû suivre de peu le retour de l'envoyé de Ramsès XI, quelques cent quarante ans plus tôt. Il est présenté comme un rapport officiel qu'Ounamon aurait rédigé au retour de son voyage au Liban.

L'Égypte est en pleine décadence et peu respectée par ses anciens vassaux. Tandis que le pouvoir, à Thèbes, est entre les mains du premier Prophète d'Amon, Hérihor, à Tanis Smendès fait déjà office de souverain. À cette époque, la barque d'Amon "Ousir-hat-Amon" a justement besoin d'être renouvelée. Avec bien de la peine, on finit par recueillir l'argent nécessaire à l'achat du bois. Comme on craignait qu'une ambassade officielle soit reçue sans égards par les princes phéniciens, on se résolut à expédier à Byblos une statue d'Amon appelée "Amon-du-Chemin" en tant que délégué plénipotentiaire chargé de représenter le dieu à l'étranger. Un haut fonctionnaire, Ounamon, reçut mission d'accompagner la statue en qualité d' "ambassadeur humain".
Ounamon, porteur de lettres de Hérihor pour les "régents" de Tanis descend donc en Basse-Égypte puis s'embarque et fait voile vers les côtes de Phénicie. Au premier port où il touche, des marins le dévalisent. C'est le commencement de ses mésaventures : elles vont se poursuivre à Tyr, à Byblos où il subit les affronts du roi avant qu'une tempête le mène jusqu'à Chypre. La fin du récit est malheureusement perdue.

Ce reportage d'un style clair, parfois brillant, est aussi un incomparable document d'histoire internationale et économique. Il nous documente sur l'état des relations de l'Égypte avec ses voisins de l'Est et sur les conditions de navigation et de commerce dans la Méditerranée orientale, aux environs de l'an 1100. Dans une Égypte ruinée et décadente, les villes du Delta restaient des cités commerçantes, industrielles et riches : elles exportaient à Tyr, à Sidon, à Byblos, à Chypre, le blé du Nord et du Fayoum ainsi que des produits manufacturés comme ces cruches en or et en argent, ces pièces d'étoffe, rouleaux de papyrus, peaux qu'Ounamon envoie chercher à Tanis et qu'il donne au prince de Byblos en échange des arbres du Liban.


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