Les contes

Les contes qui sont parvenus jusqu'à nous s'étendent sur une période allant du Moyen Empire à la Troisième Période Intermédiaire, entre le début de la XIIe dynastie et le milieu de la XXIe dynastie.
Il s'agit d'un corpus relativement mince. Il est vrai que l'art pharaonique était essentiellement "utilitaire" et qu'il devait en être de même pour la littérature dont le but n'était pas de distraire mais d'instruire. Contes et récits d'aventure semblent avoir comme principale vocation de servir de support aux exercices de calligraphies aux jeunes gens se destinant au métier de scribe.

Classification

Sous l'appellation de conte sont regroupées des œuvres très diverses : épisodes romancés, histoires où dominent le merveilleux et la magie et récits à tendances psychologiques. Souvent on y décèle une évidente intention politique de propagande royale, religieuse ou philosophique.
Gustave Lefebvre les classe en plusieurs catégories :

Les "contes-cadres"

Les "contes-cadres" constituent une partie secondaire de l'œuvre littéraire qu'ils introduisent ou accompagnent et dont ils ne sauraient être séparés. Ce sont malgré tout des contes très vivants :

  • Le Conte Prophétique sert d'exorde aux révélations de Néférohou.

  • Dans Le Conte de l'Oasien, il s'agit de l'introduction et de la conclusion aux suppliques de l'éloquent oasien.

  • Les contes mythologiques

  • Les Aventures d'Horus et de Seth se déroulent dans "l'Olympe" égyptien.

  • Le Conte d'Isis et de Rê met en évidence la curiosité et la malignité des femmes.

  • La Destruction de l'Humanité relate la révolte des hommes et la colère puis la clémence de .

  • Dans La Légende du Dieu de la Mer, le premier rôle est tenu par une divinité redoutable empruntée à la Phénicie, la Mer.

  • Les contes anecdotiques

    Ce type de conte utilise des données plus anecdotiques qu'historiques :

  • La Querelle d'Apophis et de Séqénenré évoque les temps troublés de la Deuxième Période Intermédiaire et la domination des Hyksôs.

  • La Prise de Joppé raconte un épisode d'une des campagnes de Thoutmosis III en Syrie.

  • La Princesse de Bakhtan fait allusion à des événements du règne de Ramsès II.

  • Le Conte du roi Rhampsinite parle d'un roi du Nouvel Empire.

  • Les Malheurs d'Ourmaï sont écrits dans un style épistolaire dépeignant avec réalisme les tribulations d'un homme qui, dépouillé de tous ses biens, vit dans un profond dénuement après avoir erré à travers l'Égypte.

  • Les contes philosophiques

    Dans Vérité et Mensonge où s'affrontent deux personnages allégoriques, on assiste à la victoire du bien sur le mal.

    Les contes psychologiques

    On peut faire entrer dans cette catégorie la première partie du Conte des Deux Frères, si on excepte quelques traits de merveilleux. La donnée générale se retrouve dans d'autres littératures : une femme aime un jeune homme qu'elle calomnie auprès de son mari car il ne répond pas à ses avances.

    Le merveilleux

    La magie joue un rôle prépondérant dans :

  • Le Naufragé

  • Les Tribulations magiques de Setni-Khaemouas et de son fils Sa-Ousir

  • Le Papyrus Westcar

  • Le Prince Prédestiné

  • La seconde partie du Conte des Deux Frères

  • Le Revenant

  • Le Pâtre qui vit une déesse.

  • On y assiste aux exploits de magiciens, à des guérisons miraculeuses, des naissances extraordinaires, on rencontre des animaux doués de paroles… Le merveilleux est d'ailleurs présent dans toutes les catégories de contes, à l'exception de Vérité et Mensonge.

    les contes animaliers

    Scène d'un monde inversé

    À cette classification, nous pourrions ajouter les contes animaliers.
    Il s'agit d'ouvrages illustrés sur papyrus et ostraca : le lecteur peut comprendre ces fables sans légende explicative.
    Les animaux vivent en parfaite harmonie, se comportent comme des humains et ont, comme eux, des goûts particuliers.

    L'origine

    Les faits rapportés sont, dans la plupart des cas, antérieurs de plusieurs siècles aux manuscrits qui les mentionnent. Il est possible que les diverses légendes cristallisées dans ces manuscrits soient nées beaucoup plus tôt et qu'elles se seraient d'abord développées oralement avant de prendre forme dans des compositions, à jamais disparues. Les contes qui nous sont parvenus en sont la reproduction non pas intégrale mais modifiée suivant les exigences de la langue qui au cours des siècles a évolué.

    Peinture de la société égyptienne

    Au sommet de la hiérarchie est le roi. Ce n'est pas un tyran mais un père. Ainsi, il fait parvenir à Sinouhé des présents, l'exorde à revenir en Égypte. Il retient l'Oasien auprès de lui mais veille à l'entretien de sa famille et au sien.
    Parfois, il pousse la bonté jusqu'à la faiblesse comme dans Le Prince Prédestiné où il offre un chien à son fils alors qu'il connaît son destin.
    Pharaon est aussi le justicier suprême : dans Le Conte du Mari Trompé, il châtie la femme infidèle et son amant.

    Autour du roi gravitent les Compagnons, les Amis et les hauts fonctionnaires tel Rensi qui dans Le Conte de l'Oasien, remplit probablement des fonctions judiciaires.

    Les petites gens ne sont pas en reste. On ne sait si l'Oasien est un simple fellah ou un petit marchand mais on peut penser que sa condition n'est guère facile. Par contre, il rencontre Djéhoutinekht qui doit être un paysan aisé.
    Dans Le Conte des Deux Frères, on voit des paysans attachés à leur terre et qui la cultivent.

    On ne donne pas souvent une image très flatteuse de la femme : l'épouse d'Anoup, celle d'Oubaoné, la compagne de Bata comme celle de Vérité sont adultères ou trompeuses. Toutefois, Reddjédet (Papyrys Westcar) et la fille du chef de Nahirîn (Le Prince Prédestiné) sont dignes d'estime.

    Les sentiments religieux

    Bon nombre de récits furent rédigés au temps où Thèbes était capitale de l'Empire. On s'attendrait donc à voir Amon à la tête des autres dieux. Or, à l'exception de La prise de Jopé c'est qui prédomine. On en retire l'impression qu'au début du Moyen Empire, Amon eut quelque peine à se substituer à .

    Dans La Légende du Dieu de la Mer et dans Les Aventures d'Horus et Seth, les dieux officiels sont traités avec moquerie. C'est davantage vers la magie que l'on se tourne lorsque l'on veut obtenir un miracle. Mais généralement le conteur, sans doute sous l'influence du clergé, nous présente les dieux comme des êtres puissants, respectables et bons.
    Les contes nous offrent de la société, de sa hiérarchie, de ses diverses classes, de ses idées morales et de ses croyances religieuses un tableau fidèle, plein de vie, intéressant non seulement pour l'histoire de la littérature mais plus encore pour celle de la civilisation.


    Imprimer la page Moteur de recherche Site : mode d'emploi Pour m'écrire Retour à la page d'accueil Retour à la page précédente Vers la page suivante