La statue-cube

Introduction

Statue-cube de NebnétérouC'est au Moyen Empire, époque variée et novatrice pour la statuaire, qu'apparaît un type de statue très particulier, à la géométrie sévère, totalement architecturale dans sa structure et ses lignes, et inconnue de l'iconographie royale : la statue-cube ou statue-bloc.

Le personnage est représenté accroupi sur le sol, les bras croisés, posés sur les genoux serrés contre sa poitrine. Le corps, entièrement recouvert d'un manteau dissimulant les membres, n'est que faiblement indiqué sur les surfaces latérales. Seule la tête et la coiffure émergent de cette masse de pierre immobile qui laisse à peine percevoir les mains et, parfois, les pieds.
Cet ensemble, qui constitue ainsi un cube parfait aux angles arrondis, donne la possibilité de graver de longues inscriptions hiéroglyphiques sur les surfaces à peine modelées et restera en faveur jusqu'à la Basse-Époque.



Origine

Les premières statues annonciatrices du genre datent de la VIe dynastie. Elles étaient alors faites en bois et se trouvaient sur les barques funéraires qui permettaient au défunt d'accomplir son pèlerinage symbolique à Abydos ou dans une autre ville sainte.

Il semble que la statue-cube symbolisait le défunt en tant que hesy, ou être sacrifié, conséquence possible du pèlerinage ; on la trouve associée en particulier aux nombreux monuments d'Abydos, grand centre du culte d'Osiris au cours du Moyen Empire.
Cyril Aldred, l'Art égyptien, page 133.

Statue de Si-HathorCette forme simple et compacte facilitait la production en masse des statuettes qui étaient vendues aux visiteurs à l'occasion des grandes fêtes annuelles. La statue-cube était donc parfaitement adaptée aux ex-voto destinés aux temples. Les individus, même s'ils ne disposaient pas de revenus élevés, pouvaient acquérir une pièce d'atelier sur laquelle leur nom était grossièrement gravé et la déposer comme offrande votive dans l'enceinte du temple. Immobilisés dans une attitude de recueillement, ils participaient ainsi aux offrandes et aux fêtes qui s'accomplissaient dans les lieux sacrés.
En exemple, la statue-cube en calcaire de Si-Hathor, datant du milieu de la XIIe dynastie et conservée au British Museum. Il s'agit de l'un des plus anciens exemples retrouvés dans la ville sainte d'Osiris. Elle est logée dans une niche de la stèle funéraire du cénotaphe que son propriétaire a fait élever à Abydos.



Évolution

Ce type de statuaire subit diverses modifications au fil du temps.

Statue-cube de HotepUn des premiers exemplaires que nous possédons remonte au début de la XIIe dynastie. Elle montre un personnage nommé Hotep assis sur une chaise à porteurs aux accoudoirs élevés et au dossier incurvé. Seuls la tête, les bras, une partie des jambes et des pieds émergent de la masse de granit. Cette représentation particulière ne se retrouvera par la suite qu'à de très rares occasions.

En effet, progressivement, la forme originale va tendre vers la simplification, des variantes pouvant intervenir : les jambes disparaissent sous la draperie, les pieds sont apparents ou non. S'ils le sont, un petit personnage, l'épouse par exemple, peut être figuré entre eux.


Le début de la XVIIIe dynastie se caractérise par un archaïsme inspiré du Moyen Empire. Les formes sommaires et stylisées de la statue-cube reviennent dans la statuaire privée, notamment pour les ex-voto placés dans la cour des temples.
Alors totalement «enveloppées», presqu'abstraites dans leur dépouillement géométrique où les corps se réduisent à un simple cube d'où n'émerge plus que le visage, elles offrent de belles surfaces planes permettant d'ajouter des inscriptions, prières et dédicaces. Avec le temps, ces textes deviennent plus longs et plus complexes.

Senenmout et Néferourê
C'est à cette époque qu'apparaissent les couples «tuteur-pupille» où l'adulte enlace l'enfant dans les plis de son manteau. Telle la statue de Senenmout, architecte de la reine Hatchepsout, serrant dans ses bras son élève, la petite princesse royale Neferourê.


À l'époque ramesside, les attitudes et les costumes se diversifient. Les formes du corps apparaissent plus souples et un peu plus détachées du bloc, le manteau n'est plus uni mais se couvre des plis de l'habit de cour.




Statue stéléphore de AmenouahsouProgressivement, de nouvelles formes sont introduites. S'inspirant des figures agenouillées ou debout présentant en offrande devant elles une stèle (statues stéléphores) ou un objet de culte, les sculpteurs ajoutent une stèle ou un naos que le sujet tient devant lui et qui abrite l'effigie du dieu (statues naophores). Dans d'autres cas, le dieu est représenté seul ou sous une forme symbolique comme l'illustre la statue sistrophore de Harsomtusemhat.

À partir du Ier millénaire av. J.-C., l'art se caractérise par une tendance à l'archaïsme : les artistes retournent aux sources et s'inspirent des modèles antérieurs. Il en découle un formalisme qui mènera la statuaire à une certaine stylisation. Parallèlement, on rencontre durant la Basse Époque des oeuvres remarquables par leur vérité et leur réalisme.

Statue sistrophore de Harsomtusemhat
À l'époque lybienne, la majorité des ex-voto déposés dans le temple de Karnak restent des statues-cubes. Les sculpteurs conservent la forme classique de base et concentrent leur art sur les détails d'un visage idéalisé, la précision des inscriptions et le polissage méticuleux des surfaces.

La statuaire privée de la dynastie couchite provient presque exclusivement de la grande cache découverte, au début du siècle, dans la cour nord du septième pylône de Karnak.
Les artistes provilégient alors les personnages debout ou à genoux pour la représentation d'offrandes votives mais ne rejettent pas pour autant la statue-cube.

Statue-cube de Hor
S'inspirant des modèles de la XVIIIe dynastie, leur attention se porte sur les traits du visage. Même si on relève dans les traits des personnages une expression de sérénité contemplative, un sentiment introspectif, le réalisme demeure le caractère dominant. La perruque bouclée est plus travaillée, le vêtement très ajusté révèle la forme du corps et rend de nouveau visibles les pieds et les mains.
Ainsi, Hor est représenté sur le modèle classique des statues-cubes ; sa double perruque rappelle les modèles en vogue durant le Nouvel Empire. Toutefois, le sculpteur s'est écarté du modèle type : le corps n'est plus enveloppé dans un manteau rigide mais, au contraire, est souligné par un habile jeu de courbes.


Quelques illustrations


Sources :
- Cyril ALDRED, L'art égyptien. Paris, Thames & Hudson SARL, 1989.
- Christiane DESROCHES-NOBLECOURT, L'art égyptien. Paris, PUF, 1962.
- Collectif. Trésors égyptiens en Europe. CD-Rom, U-CCER Production, Utrecht University, 1999.
- Pierre DU BOURGUET, L'art égyptien. Editions Desclée De Brouwer, 1973.
- Werner et Bedruch FORMAN, L'art égyptien. Editions Artia, 1962.
- T.G.H. JAMES et W.V. DAVIES, Egyptian Sculpture. Londres, British Museum Press, 1983.
- Claire LALOUETTE, L'art égyptien. Paris, PUF, Collection «Que Sais-je ?», 1981.
- Chantal ORGOGOZO, L'art égyptien. Paris, Flammarion, 1984.


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