Scène : La barque sacrée d'Amon - Medinet Habou

L'analyse et la description de cette scène a lieu sur le forum L'Égypte de Ddchampo, dans la rubrique "Les photos nous parlent...", sujet "Photo 4 : Medinet Habou".

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La photographie

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Médinet Habou

Le site de Médinet Habou était un lieu sacré qui aurait abrité les dieux créateurs de l'Ogdoade, où Amon serait apparu pour la première fois et où fut élevé, durant la XVIIIe dynastie, un petit temple dédié à Amon, le Djeser Set. Ce sanctuaire fut ensuite englobé par les hautes murailles érigées sous Ramsès III et subit des agrandissements jusqu'à l'époque romaine.
Sous la XVIIIe dynastie, le lieu dépendait du temple de Louxor dont il constituait "la butte de l'ouest", étape importante durant la "Belle fête de la Vallée" quand Amon se rendait sur la rive gauche de Thèbes.

Ce relief se situe sur le côté nord de la deuxième cour du temple des millions d'années du pharaon Ramsès III (XXe dynastie). Il fait partie d'un ensemble décrivant "le festival d'Amon-Min", la procession des barques de la triade thébaine : Amon, Mout et Khonsou. Nous avons ici une représentation partielle de la barque d'Amon-Rê.



La barque sacrée

Dans un pays où le Nil était la principale voie de communication, c'est tout naturellement en barque que les dieux se déplaçaient lorsqu'ils quittaient leur temple. Ces barques sacrées étaient portées sur les épaules des prêtres durant les processions. Fort semblables aux vraies barques, leur cabine était remplacée par un naos.

Le naos, sorte de tabernacle contenant l'image ou le symbole de la divinité, avait sa propre salle au fond du temple, appelée également naos ou saint-des-saints. S'il était en bois, il est possible que ce soit le naos du temple qui soit transporté sur la barque sacrée. Par contre, lorsqu'à partir du Nouvel Empire certaines divinités furent abritées dans un naos de pierre dans leur temple, elles bénéficièrent également d'un naos plus léger pour leurs déplacements.

Ce naos portatif était posé sur la barque qui elle-même était installée dans une châsse munie de brancards et surmontée d'un dais orné d'uræus.
Lors des stations qui avaient lieu durant la procession, la barque était posée sur un socle prévu à cet effet dans les chapelles-reposoirs ou kiosques.


Dessin (sans les commentaires) de Claude Traunecker tiré de l'ouvrage de Sergio Donadoni, Thèbes. Arthaud, 1999, p.53.



La statue du dieu

Les statues de temple, d'après les quelques descriptions que nous donnent les parois des cryptes de certains temples tardifs et de trop rares papyrus, devaient le plus souvent être, non pas en or, mais en bois doré incrusté de pierres. À titre d'exemple, certains égyptologues pensent que la statue de bois d'Osiris dans la crypte de l'Osiris du musée du Louvre devait être une statue de culte.

On ignore si la statue de culte était semblable aux autres représentations de la divinité. La forme de la statue de culte était seulement connue du dieu, des prêtres ayant accès au sanctuaire et au prêtre-sculpteur qui l'a façonnée.

Lors des processions, la statue d'Amon - le caché - était recouverte d'un voile. Seule la tête était visible. La partie bombée qui dépasse à l'avant de la barque est ce voile.



Analyse du relief

La barque est posée sur son socle dans une chapelle-reposoir dont on peut voir un des murs et le toit surmonté d'une frise d'uræus.



La barque


La barque est précédée d'une offrande faite de nourriture et de fleurs.
Le registre inférieur de la scène présente également, au niveau du brancard, un bouquet de papyrus.

À la proue du bateau se trouve une image d'Amon-Rê à tête de bélier coiffé d'un disque solaire orné d'un uræus. Il porte, sur une forme en demi-cercle, un très large collier à plusieurs rangs de perles, le collier-ousekh muni d'un contrepoids appelé mânkhit.

On peut qualifier cette représentation du dieu, située habituellement à l'avant et à l'arrière de la barque, d'égide par le fait que le large pectoral peut faire office de bouclier protecteur.






Derrière la figure de proue, deux déesses vêtues d'une longue robe étroite se tiennent debout.
La première porte la coiffure hathorique constituée de deux longues cornes de vache enserrant un disque solaire.
La seconde est la déesse Maât dont la tête est surmontée d'une plume d'autruche.

Elles sont suivies par deux enseignes (on distingue deux queues) en forme de sphinx à tête humaine, debout sur un pavois et coiffés de deux hautes plumes.

Sur la barque figure un œil oudjat.






Un bouquet monté composé de fleurs de lotus et d'ombrelles de papyrus sépare les personnages regardant vers l'avant de la barque et ceux qui se concentrent sur le naos :

- un sphinx à tête humaine couché sur un piédestal.

- un homme (peut-être le roi) debout, les bras levés en signe d'adoration.

- le roi agenouillé, coiffé de la couronne blanche de Haute-Égypte, la hedjet. Il tient le voile qui masque en partie le naos et la statue d'Amon.





Le naos

À l'avant, sous la partie bombée du voile, une déesse agenouillée sur le signe noub de l'or et coiffée du disque solaire étend ses ailes.

Au centre, Amon-Rê à tête de bélier et coiffé du disque solaire tient le signe ankh. Il est agenouillé sur le signe mr.

Le dieu est encadré par deux déesses ailées non nommées que le relief endommagé au niveau de la coiffure ne permet pas d'identifier. Elles sont agenouillées sur une corbeille neb et tiennent un sceptre (le sceptre ouser ?, la tige des millions d'années ?) dans les mains.

De part et d'autre de la scène sont gravés les signes :

La châsse portative

La châsse portative à toit plat contenant la barque et le naos est surmontée d'un disque solaire ailé entouré de deux uræus. Il a partiellement conservé ses couleurs. C'est le Béhédéty, épithète de l'Horus solaire ailé, qui symbolise la protection et la domination du soleil sur l'ensemble du monde. Généralement représenté au-dessus des portes, il étend ici ces ailes protectrices sur la chapelle de la barque sacrée.

Le toit est orné d'une frise composée du signe ouser, en tête, suivi en alternance d'un dieu ou d'une déesse tenant un sceptre ou une plume et coiffé du disque solaire et de cartouches vides couronnés du soleil :

La partie supérieure :


Le relief est endommagé mais la divinité centrale est très certainement Amon-Rê à tête de bélier, coiffé d'une couronne composite. Il est agenouillé sur le signe mr posé sur un piédestal et tient dans les mains le signe ankh.

De part et d'autre de la scène, deux déesses ailées coiffées du disque solaire se tiennent debout, tenant une longue canne terminée par une tête de canidé (le signe ouser) ainsi que le signe ankh.

Devant elles, de chaque côté, un personnage agenouillé, peut-être le roi, fait une offrande au dieu.





La partie inférieure :

Le roi (?) coiffé du némès et trois personnages à tête de faucon, sont accroupis et font le geste henou : le bras gauche sur la poitrine et le bras droit levé. D'autres reliefs de la barque d'Amon-Rê à Karnak présentent l'autre côté de la châsse où sont figurés des personnages à tête de chacal.

Il pourrait s'agir des chanteurs henou, souvent au nombre de six, dont trois portaient des masques de faucon et trois des masques de chacal.

On peut également songer aux "Âmes" ou "Puissances" (baou) de Nékhen, cité qui fut la capitale du Sud à l'époque prédynastique. Accompagnés de leurs homologues du Nord à tête de chien, les "Puissances" de Pé, ces personnages à tête de faucon apparaissent dans les processions religieuses où ils acclament la divinité par leur geste rituel.

De chaque côté de la scène, les deux déesses sont probablement les deux Mérit (Merty), l'Aimée. Ces déesses musiciennes sont présentent à l'avant des barques des dieux ou dans le naos des barques d'Amon. La Mérit du Sud est coiffée du bouquet de lys, celle du Nord d'une touffe de papyrus. Toutes deux tendent les bras à l'horizontale.



Le dais

La chapelle est surmontée d'un dais orné à l'avant par un uræus. Dans le bas, un personnage semble soutenir le fin montant.



Le roi



Dans la partie supérieure de la scène, entre les huit colonnes du texte hiéroglyphique et le naos, le roi, coiffé du némès orné d'un uraeus, porte une barbe postiche et est vêtu d'un pagne à devanteau. Des deux mains, il tient fermement un pare-soleil en plumes d'autruche.

Devant lui, une inscription le désigne :

nTr nfr, nb tAwy, wsr-maAt-ra mry imn

"Le dieu parfait, le maître des Deux Terres, Ousermaâtrê Meryamon".







Le texte

Notons que les hiéroglyphes sont profondément gravés dans la pierre afin d'éviter le martelage et contrer toute tentative d'usurpation.

Détail du relief

Hiéroglyphes standardisés

Translittération

(1) Dd mdw in imn-ra nb nswt tAwy sA.i

(2) mry nb tAwy wsr-mAat-ra mry-imn nfrwy

(3) mnw pn nfr wab rwD mnx ir(w).n.k n.i

(4) Hr aA nsyt di.n.i n.k aHa n ra

(5) rnpwt tm iwnw nst gb

(6) iAt xpri nsyt Hr-Axty

(7) iw [.k m/Hr] tA m nswt kmt m HqA

(8) Snw itn xAst nb(t) Xr Tbty.k Dt



Traduction

(1) Paroles dites par Amon-Rê, seigneur des trônes des Deux Terres : "Mon fils

(2) bien aimé, seigneur du Double Pays, Ousermaâtrê Méryamon. Qu'il est splendide (lit. beau)

(3) ce beau monument, pur, solide et efficient que tu as fait pour moi !

(4) Horus grand de royauté ! Je t'ai donné le temps de vie de Rê,

(5) les années d'Atoum d'Héliopolis, le trône de Geb,

(6) la fonction de Khépri et la royauté de Rê-Horakhty.

(7) [Tu es dans/sur] le pays en tant que roi d'Égypte, en tant que gouverneur

(8) de ce qu'entoure Aton. Tout pays étranger est sous tes sandales, éternellement."



Notes

- colonne 2 : wsr-mAat-ra mry imn, Ousermaâtrê Méryamon, "Puissante est la justice de Rê, aimé d'Amon" (Ramsès III).
Comme dans tous les noms royaux, le nom du dieu Rê est placé graphiquement avant le reste du nom (antéposition honorifique), mais on le met à la fin dans la translittération.

- colonnes 2-3 : nfrwy mnw pn
Il s'agit d'une phrase non verbale à prédicat attribut (prédication adjectivale). La particule enclitique wy est employée pour exprimer l'exclamation. Elle se place immédiatement après le dernier signe hiéroglyphique de l'adjectif attribut. "Que ce monument est beau !"

- colonne 3 : mnw pn (...) ir(w).n.k n.i, "Ce monument que tu as fait pour moi".
Il s'agit d'une forme relative au passé. Comme un participe ou un adjectif, elle s'accorde en genre et en nombre avec son antécédent (ici mnw) et, comme un verbe, elle se conjugue et possède un sujet (ici le pronom suffixe .k). Sa morphologie est du type sDm(w).n.f.

- colonne 4 : Hr aA nsyt, "L'Horus grand de royauté" est le nom d'Horus de Ramsès III.

- colonne 5 : tm (n) iwnw / tm m iwnw : Le m (signe Aa13) est-il un complément phonétique de tm ou est-ce la préposition m ?
Théoriquement les deux sont possibles... Ce qui peut permettre de choisir c'est la comparaison avec d'autres inscriptions.
J'ai plus souvent vu tm avec son complément phonétique, mais je ne saurais dire si l'expression tm m iwnw est plus ou moins attestée que tm (n) iwnw.
Heureusement le sens reste le même... (Guyôme)

- colonne 5 : nst gb, "Le trône de Geb".
Dans le mythe de la création d'Héliopolis, Geb est le fils de Shou (dieu de l’air) et de Tefnout (déesse de l’eau), le frère et mari de Nout (déesse du ciel). À la base dieu de la terre et des plantes, il devient un symbole de royauté en prenant le pouvoir, de force, à son père devenu trop vieux.
On donne son nom au trône des rois d'Égypte ou "trône de Geb".





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