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Nicolas Grimal
Histoire de l'Égypte ancienne

Du tumulus au mastaba

À l'époque prédynastique, un tumulus symbolisant le tertre originel recouvrait la fosse où était enterré le défunt, entouré de quelques objets personnels et d'une vaisselle plus ou moins importante selon la fortune du propriétaire.

Au cours des deux premières dynasties, on évolue peu à peu vers le mastaba classique, à la fois lieu de culte et reproduction de la demeure terrestre, limité par des murs de briques à pilastres et redans donnant l'impression d'une "façade de palais" en fausse perpective. L'ensemble pouvait être entouré d'enceintes.

La stèle qui servait depuis les premiers rois thinites à rappeler le nom du défunt évolue et s'enrichit. Réservée au départ aux rois, les hauts fonctionnaires se l'approprient. Elle comporte, outre le nom du défunt, l'offrande qui doit lui être servie. À cela se combine la "fausse porte" : une représentation en fausse perspective permettant à l'énergie du mort, son ka, l'accès au monde sensible d'où il devait retirer les aliments nécessaires à sa survie.

Les éléments de la survie

Chaque individu se compose de cinq éléments :

- L'ombre, double immatériel.
- L'akh : c'est la forme sous laquelle se manifeste la puissance des dieux ou des morts, leur esprit. Elle permet au défunt d'accéder aux étoiles lors de son passage dans l'au-delà.
- Le ka est la force vitale que possède chaque être et qui doit être alimentée pour conserver son efficacité. C'est elle qui permet au corps de reprendre une vie semblable à celle qu'il menait ici-bas. Le ka a besoin également d'un support, ce qui explique que l'on s'applique à lui ménager des substituts pour le cas où le corps se dégraderait. Ces substituts sont entreposés dans un endroit précis de la tombe appelé serdab.
- Le ba (souvent appelé âme) est une sorte de double de l'individu, représenté sous la forme d'un oiseau à tête d'homme qui quitte la dépouille au moment du trépas pour la rejoindre après la momification.
- Le nom est une seconde création de l'individu. Nommer une personne ou une chose revient à la faire exister par delà sa disparition physique.

Les premières pyramides

Djoser fit évoluer la forme de la tombe royale du mastaba à la pyramide. Grâce aux recherches de Jean-Philippe Lauer, on a pu reconstituer les étapes successives du passage à la forme pyramidale :

- Au départ, Djoser entreprit une sépulture classique. Un grand puits de 28 m donne accès à un caveau, à des galeries faisant office de magasins et à un appartement funéraire décoré de faïences bleues. Ce puits devait être bloqué, après les funérailles, par un bouchon de granit. L'ensemble est surmonté d'une construction massive carrée d'une soixantaine de mètres de côté sur huit mètres de haut.

- Des puits annexes furent creusés pour recevoir les membres de la famille royale décédés entre-temps. Pour dissimuler ces puits, on allongea le mastaba initial vers l'est.

- Survient alors une modification radicale. Imhotep englobe le mastaba initial dans une pyramide à quatre degrés puis reprend l'ensemble en le surélevant encore de façon à obtenir une pyramide à six degrés d'une soixantaine de mètres de haut. Ce type de construction est repris par l'Horus Sekhem-khet à Saqqara même. Les pyramides de Zaouiet el-Aryan annoncent une nouvelle technique dont le meilleur exemple est la pyramide de Snéfrou à Meïdoum.

- La première étape de la pyramide de Meïdoum Pyramide de Snéfrou à Meïdouma probablement été constituée par un mastaba surmonté d'une petite pyramide à degrés qui la rapproche des pyramides de la IIIe dynastie. Par contre, le plan carré, l'ouverture sur la face nord ménagée dans la maçonnerie, l'aménagement à la fois en infrastructure et dans le corps du monument la lie davantage de la pyramide classique de la IVe dynastie.
- Le noyau initial a été augmenté de six tranches latérales qui forment une pyramide à sept degrés.
- On ajouta ensuite une ultime tranche et on ravala les huit degrés en calcaire fin. Plus tard, on combla les degrés et on mis en place un parement de calcaire qui donna à l'ensemble l'aspect d'une pyramide "vraie" avec une pente de 51°52' pour un côté de 144,32 m et une hauteur de 92 m.

Snéfrou fit une nouvelle tentative à Dahchour, avec la pyramide "sud". Les installations intérieures durent être reprises et modifiées ainsi que la pente que l'on fit passer de 54°31' à 43°21'. Cette rupture lui valu le nom de "pyramide rhomboïdale ". Cette pyramide apporte une nouveauté importante : la fixation par assises du revêtement qui est ainsi plus stable.
Le roi fit un troisième essai, toujours à Dahchour, mais au nord du site : une nouvelle pyramide établie sur une base plus importante présentant dès le départ une pente de 43°36 dont le temple funéraire est resté inachevé.

Le groupe de Gizeh

La plus parfaite est celle de Chéops : 230 m de côté, chaque côté étant orienté vers un point cardinal, 146,59 m de haut elle était surmontée d'un pyramidion. Pillée dès l'Antiquité, il ne reste à l'intérieur qu'un sarcophage de granit.

La construction : Le choix du site se faisait en fonction de la capitale, sur la rive occidentale du fleuve. Il fallait un socle rocheux capable de supporter la masse des constructions. Le site est alors nivelé. L'orientation se faisait en fonction des côtés dirigés vers les points cardinaux. Une partie des pierres pouvaient être extraites des carrières locales. Le reste était transporté sur des chalands durant les hautes eaux, période où la main d'œuvre, surtout des paysans, était disponible.
En ce qui concerne les techniques de levage, l'explication de J.-Ph. Lauer semble la plus vraisemblable : utilisation d'une ou plusieurs rampes dont on faisait varier la pente. On trouve des traces de ce type de rampe en briques crues à Karnak.

Les pyramides des Ve et VIe dynasties, à l'exception de Chepseskaf qui se fait construire à Saqqarah-Sud un énorme mastaba, reprendront le modèle de Chéops sans jamais égaler sa perfection ni sa taille.

Le complexe funéraire

Le complexe de Djoser à Saqqarah :
Complexe funéraire de Djoser à SaqqarahL'entrée, à l'angle sud-est, est la seule porte réelle parmi les 14 réparties sur le pourtour de l'enceinte. Suit un couloir bordé de deux rangées de 20 colonnes puis une salle hypostyle.
On entre alors dans une grande cour située nord-sud qui sépare la pyramide (au nord) de cénotaphe (au sud).
De là, on accède à un ensemble consacré à la célébration de la fête-sed : un temple en T, une cour bordée de chapelles et comportant une estrade. Suivent une "Maison du Sud" puis une "Maison du Nord" où le roi devait recevoir les hommages des deux royaumes.
La partie septentrionale comprend les installations du culte funéraire proprement dit : un serdab où se trouvait une statue de Djoser et le temple funéraire.

L'organisation du complexe funéraire change à partir de la IVe dynastie. Il comprend alors trois parties principales :
- la pyramide et ses dépendances directes.
- Le temple d'accueil ou temple de la vallée situé à la limite des terres cultivées et qui recevait le roi défunt.
- La chaussée montante qui conduit au temple de culte où les statues des défunts recevaient les offrandes. Elle peut être couverte et décorée.
- À côté des pyramides, des fosses sont destinées à recevoir des barques en bois.

Le temple solaire

Il ne s'agit pas d'une sépulture mais sa structure est proche de celle du complexe funéraire. Propre à la Ve dynastie, tous ces temples se situent entre Abousir et Abou Gourob. Celui de Niouserrê, que l'on sait le mieux reconstituer, est sans doute construit sur le modèle du temple d'Héliopolis. Il est constitué du temple de la vallée où se célèbre le culte, en plein air, suivi d'une rampe d'accès menant à la représentation de benben, obélisque tronqué posé sur un large podium, incarnation du soleil créateur.

Les Textes des pyramides

Ounas fixe le plan des installations intérieures du tombeau selon un schéma qui restera en vigueur jusqu'à la fin de l'Ancien Empire.
L'entrée est au nord. On accède à un vestibule dont trois herses de granit ferment le passage. Suit une antichambre qui conduit, vers l'est au serdab où sont entreposées les statues du défunt, vers l'ouest à la salle du sarcophage.

La pyramide d'Ounas est aussi la première dont les parois intérieures portent des textes funéraires. On les rencontre dans les tombeaux royaux de Saqqarah : Ounas, Téti, Pépi Ier, Merenrê, Pépi II et Aba. Ils influenceront les Textes des Sarcophages du Moyen Empire qui, eux, ne sont plus réservés aux rois et qui, à leur tour, influenceront les Livres des Morts du Nouvel Empire et de la Basse Époque.
Ces formules constituent un rituel visant à assurer au défunt le passage vers l'au-delà.

Les tombes civiles

Les sujets du roi disposent leur tombe à proximité de sa sépulture. De véritables villes funéraires se constituent ainsi, de manière hiérarchisée (les plus nobles étant les plus proches de la pyramide). Les tombes des particuliers conservent à l'Ancien Empire le type architectural du mastaba. On ignore si, à l'époque, le corps était momifié et il est probable que dans la majeure partie des cas on faisait confiance à la dessiccation naturelle.

Rites et culte funéraire

  • L'embaumement.
    Les Égyptiens n'ont pas décrit dans le détail le processusTombe de Senedjem de l'embaumement. Ce que l'on en sait vient surtout des auteurs grecs, Hérodote, Diodore, Plutarque ou Porphyre, ainsi que de l'analyse des momies grâce aux techniques modernes:

    - Après la mort, le corps était emporté dans une "Maison de purification". L'un des paraschistes (prêtres-chirurgiens) incisait le flanc gauche et éviscérait le cadavre. Les organes étaient embaumés, emmaillotés et placés, jusqu'au début de la Troisième Période Intermédiaire, dans des vases appelés canopes placés sous la protection des fils d'Horus : Amset, Hâpy, Douamoutef et Qebehsennouef. Par la suite, sous forme de "paquets-canopes", ils étaient remis dans le corps. On laissait en place le cœur et les reins.

    - Une fois le corps vidé, le taricheute le "salait" en le plaçant dans le natron où il restait environ 35 jours. Pour lutter contre le noircissement provoqué par ce traitement, on teignait au henné certaines parties du corps ou on les enduisait d'ocre, rouge pour les hommes, jaune pour les femmes. On bourrait ensuite l'abdomen et la poitrine de pièces de tissu imbibées de gommes, d'aromates et d'onguents.

    - Alors commençait l'emmaillotage qui se faisait par étapes. On entourait à l'aide de bandes de lin chaque membre. L'ensemble du corps était ensuite recouvert d'une grande pièce de tissu.

    - Enfin, un masque recouvrait l'emplacement du visage. Le plus souvent en cartonnage, il pouvait être en or pour les grands personnages. Ce masque se développe jusqu'à devenir une "planche" recouvrant l'ensemble du corps et reproduisant l'aspect d'un couvercle de sarcophage, le stade ultime étant constitué par les "portraits" du Fayoum.

  • Le rituel était le même pour tous. La différence, selon la condition sociale, variait dans le prix des amulettes et les tissus employés. À partir du Nouvel Empire, on glissait souvent un Livre des Morts entre les jambes de la momie.

    La momie est ensuite placée dans un sarcophage. À l'origine, sa forme est carrée avec un décor en "façade de palais". À partir de la VIe dynastie, le sarcophage commence à inclure du texte dont des chapitres des Textes des Sarcophages. Le matériau et la forme évoluent également.

    Le mobilier funéraire est constitué de chevet, vaisselles et objets personnels. Le caveau est fermé d'une herse et le puits est bloqué lors des funérailles.

    C'est la chapelle, qui se trouve dans la superstructure, qui évolue le plus : augmentation du nombre de pièces et ajout de niches. Le schéma de la décoration de la chapelle est à peu près toujours le même. Le défunt accueille les visiteurs dès la porte sur laquelle figurent ses titres et son image. Sur la paroi occidentale se trouvent la ou les fausses portes (celle du nord pour le défunt, celle du sud pour son épouse, entre les deux, un décor végétal). Sur la paroi opposée se trouvent des scènes funéraires : pèlerinage à Bousiris (côté nord) et à Abydos (côté sud). Sur les parois nord et sud sont représentées des scènes de la vie des domaines. De plus, sur la paroi sud derrière laquelle se trouve le serdab des scènes montrent l'encensement des statues.

    Les thèmes décoratifs

    Les scènes des tombeaux nous informent sur les croyances funéraires. Contrairement à son roi qui monte au ciel, le simple particulier reste dans sa tombe. C'est la proximité du dieu, donc du roi, qui garantit l'intégration du défunt au monde divin. Cela explique pourquoi les tombes des particuliers gravitent près de celle du roi. Cela justifie aussi l'omniprésence du roi dans la tombe même. Les thèmes décoratifs restent centrés sur les réalités essentielles qui concernent le mort : scènes de la vie quotidienne, cortège funéraire, banquet funèbre…


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