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Nicolas Grimal
Histoire de l'Égypte ancienne

Les premiers temps de l'unité

Mentouhotep II prend la succession d'Antef III vers 2061. La pacification durera plusieurs années et ne sera achevée que vers l'an 30 de son règne. Il déplace la capitale à Thèbes, renforce l'administration, se lance dans des entreprises de constructions et renoue avec la politique extérieure de l'Ancien Empire. Il met les frontières à l'abri de nouvelles invasions d'Asiatiques et entreprend des campagnes en Nubie. Il meurt après cinquante et un ans de règne et laisse à son successeur, son fils Mentouhotep III un pays prospère et unifié.

Mentouhotep III est assez âgé lorsqu'il monte sur le trône et ne régnera que durant douze ans. Il poursuit le programme de construction de son père, renforce la protection des frontières dans le Delta oriental et fait édifier des fortifications. Il mène une expédition au pays de Pount et reprend l'extraction de pierres dans le Ouadi Hammamat.

Sous Mentouhotep IV, dernier roi de la XIe dynastie, la situation du pays est confuse. On sait par un graffiti du Ouadi Hammamat qu'il y envoya une expédition de mille hommes.

Amenemhat Ier

L'expédition de Mentouhotep IV est conduite par son vizir Amenemhat qui deviendra roi, non sans opposition. En l'an 20 de son règne, il associe son fils Sésostris Ier au trône. Cette pratique nouvelle sera appliquée pendant toute la XIIe dynastie. Le dauphin joue le rôle du bras de son père qui lui délègue l'armée. Les efforts du roi se portent sur la Nubie où il mène des expéditions.

Littérature et politique

Amenemhat Ier est assassiné en 1962 à la suite d'une conspiration ourdie par le harem. Sésostris Ier lui succède. Cet événement marquera la littérature.

Le Conte de Sinouhé : Sinouhé, au retour de la campagne de Libye, apprend la mort du roi et, pour une raison inconnue, prend peur et se réfugie en Syrie. Les années passent et il se retrouve chef de tribu. Mais la nostalgie le mine et il demande grâce à Sésostris qui accepte son retour.
Cette histoire morale d'un fonctionnaire repenti et pardonné parce qu'il a su rester loyal est l'une des œuvres les plus populaires de la littérature égyptienne.

L'enseignement d'Amenemhat Ier est un texte rédigé sur le modèle de l'Enseignement pour Mérikarê. Son but est surtout d'expliquer la légitimité du successeur du roi assassiné. Le thème de l'ingratitude humaine est un rappel de la révolte des hommes contre le Créateur. Le roi, assimilé à Rê, transmet son pouvoir à son successeur comme le démiurge le fit jadis lorsqu'il se retira dans le ciel, dégoûté à jamais de ses créatures.

La prise de pouvoir de Sésostris Ier n'entraîna aucun trouble et son long règne de quarante-cinq ans fut pacifique.
Il bâtit beaucoup. Se réclamant de la tradition héliopolitaine, il adopte comme nom de couronnement Néferkarê et reconstruit le temple de Rê-Atoum d'Héliopolis. Son activité s'étend aussi au temple d'Amon-Rê de Karnak : de 1927 à 1937, H. Chevrier a pu reconstituer à partir de blocs réemployés par Amenhotep III dans le troisième pylône, un kiosque de fête-sed de l'époque de Sésostris Ier.

Le monde extérieur

Sésostris Ier achève la conquête de la Basse-Nubie et installe une garnison à Bouhen, sur la Deuxième cataracte.
Il contrôle le pays de Koush, de la Deuxième à la Troisième Cataracte.
Dans le désert oriental, il exploite les mines d'or à l'est de Coptos ainsi que les carrières de Ouadi Hammamat. A l'Ouest, il assure le contrôle des oasis du désert de Libye.

Son fils, Amenemhat II régna presque trente ans. La paix continue sous son règne comme sous celui de son successeur, Sésostris II.
L'Égypte commence à jouer un grand rôle au Proche-Orient et s'ouvre aux influences orientales qui commencent à être sensibles dans la civilisation et dans l'art.

L'apogée du Moyen Empire

Après une corégence de presque cinq ans, Sésostris II succède à son père pour une quinzaine d'années. Il entreprend l'aménagement du Fayoum, oasis située à environ quatre-vingts kilomètres au sud-ouest de Memphis et canalise le Bahr Youssouf, qui se déversait dans le futur lac Qaroun, en construisant une digue à Illahoun et en lui adjoignant un système de drainage et de canaux. Le projet ne sera achevé que sous Amenemhat III.
Ces grands travaux ont provoqué un nouveau déplacement de la nécropole royale qui après être remontée à Dahchour avec Amenemhat II s'installe à Illahoun.

Lorsque Sésostris III monte sur le trône, il choisit de mettre fin au pouvoir grandissant des dynastes locaux. Il supprime la charge de nomarque et place la nouvelle organisation du pays sous la direction du vizir en trois ministères (ouâret) : un pour le Nord, un autre pour le Sud et un troisième pour la "Tête du Sud", c'est-à-dire Éléphantine et la Basse-Nubie.
Chaque ministère est dirigé par un fonctionnaire aidé d'un assistant et d'un conseil (djadjat). Celui-ci transmet les ordres à des officiers qui, à leur tour, les font exécuter par des scribes. Les conséquences de cette réforme sont doubles : la perte d'influence de la noblesse et l'ascension de la classe moyenne.
Sésostris III organise plusieurs expéditions en Nubie et fixe la limite de son autorité à Semna.
On ne connaît qu'une campagne en Syro-Palestine contre le Mentjiou qui conduit les Égyptiens à affronter les populations de Sichem et du Litani.

Sphinx de Amenhemat III

Tout comme son prédécesseur, Amenemhat III est respecté de Kerma à Byblos. Durant ses quarante-cinq ans de règne, il mène l'Égypte au sommet de la prospérité. La paix règne à l'intérieur comme à l'extérieur.
L'exploitation des mines du Sinaï et des carrières est intense et se traduit par de nombreuses constructions : en Nubie, dans le Fayoum… Il se fait élever deux pyramides, une à Dahchour, l'autre à Hawara.

Amenemhat IV succède à son père vers 1798 après une courte corégence. Le Fayoum reste sa préoccupation première.

La fin de la dynastie

Amenemhat IV règne un peu moins de dix ans. À sa mort, la situation du pays tend à se dégrader. Peut-être est-ce dû, comme ça a été le cas à la fin de l'Ancien Empire, à la longueur des règnes de Sésostris III et d'Amenemhat III, chacun ayant eu un règne d'environ un demi-siècle, conduisant à des difficultés successorales.

Comme à la fin de la IVe dynastie, le pouvoir échoit à une reine, Néférousébek, qui pour la première fois est désignée comme une femme pharaon. Les listes royales lui attribuent un court règne de trois ans.

La XIIIe dynastie, avec laquelle on fait commencer la Deuxième Période Intermédiaire semble être la suite légitime de la XIIe. Rien ne donne l'impression d'une coupure brutale : le pays ne s'effondre nullement durant le siècle et demi qui précède la prise de pouvoir par les Hyksôs.

Le classicisme

La littérature

Le Moyen Empire est l'époque où la langue et la littérature atteignent leur forme la plus parfaite. Tous les genres sont représentés :

  • L'Enseignement : Maximes de Ptahhotep, Instructions pour Mérikarê, Maximes de Djedefhor, Instructions pour Kagemni.
    C'est au Moyen Empire que fut composé un des Enseignements les plus répandus : la Kemit, c'est-à-dire la "somme" achevée d'un enseignement dont la perfection reflète celle de l'Égypte (Kemet, "la (terre) noire"), elle-même image parfaite de l'univers.

  • La Satire des Métiers a été composé au début de la XIIe dynastie par le scribe Khéty, fils de Douaouf. Il est connu par plus de cent manuscrits.

  • Dans le genre politique : l'Enseignement d'Amenemhat Ier et La prophétie de Néferti ; L'Enseignement loyaliste, les Instructions d'un homme à son fils, les Instructions au vizir.

  • C'est la grande époque du roman : Le conte du Paysan, le conte de Sinouhé, le conte du Naufragé.

  • Les grands récits mythologiques datent aussi de cette époque mais sont connus par des versions plus tardives :

  • - la légende de la Destruction de l'Humanité

    - le conte d'Isis et de Rê

    - le conte d'Horus et de Seth

  • Il en est de même des grands drames sacrés : le Drame du Couronnement, le Drame Memphite.

  • Le courant pessimiste est représenté par le Dialogue du désespéré avec son Ba et les Collections de paroles de Khâkhéperrêséneb.

  • Il faut encore citer l'hymnologie royale, la diplomatique, les récits autobiographiques et historiques, la correspondance, les textes administratifs qui sont abondamment représentés ainsi que la littérature spécialisée : traités de médecine, de mathématiques, fragments gynécologiques, vétérinaires, médico-magiques.

  • Notons également le premier représentant des onomastica découvert au Ramesseum : ces listes de mots qui passent en revue les catégories de la société ou de l'univers (noms de métiers, oiseaux, animaux, plantes, listes géographiques, etc.) étaient destinées à la formation des élèves des écoles.

  • L'architecture

    Les œuvres littéraires du Moyen Empire témoignent d'un raffinement qui allie la tradition de l'Ancien Empire à une sobriété plus proche de l'humain. Il est également sensible dans la production artistique, quelle qu'elle soit, de l'architecture aux arts mineurs.

    La chapelle blanche de Senousret Ier

    La "chapelle blanche" que Sésostris Ier construisit à Karnak offre une pureté de formes remarquable, tout comme le temple de Qasr es-Sagha ou de Medinet Madi.

    Nous connaissons peu les constructions des rois du Moyen Empire. On peut toutefois juger de leur qualité à partir d'édifices funéraires et tout particulièrement de celui de Montouhotep II à Deir el-Bahari. La reine Hatchepsout reprendra ce modèle pour le temple qu'elle fera édifier à côté. L'originalité de la recherche architecturale de Mentouhotep reste liée à Thèbes.

    En déplaçant la capitale, ses successeurs renouent avec l'organisation memphite du complexe funéraire. Ils choisissent des sites au sud de Saqqarah : Licht, entre Dahchour et Meïdoum, où s'installent Amenemhat Ier et Sésostris Ier. Le site de Dahchour est également utilisé par les souverains de la XIIIe dynastie. Toutefois, les deux rois qui se sont attachés à la mise en valeur du Fayoum, Sésostris II et Amenemhat III ont tenu à s'en rapprocher et se sont fait enterrer, le premier à Illahoun, le second à Hawara.

    La statuaire

    L'emprise de l'Ancien Empire marque fortement la statuaire royale même si le roi n'est plus le dieu intangible et s'est humanisé. Toutefois, elle évolue davantage que la statuaire privée qui connaît peu de nouveautés.

    La seule réelle innovation est la statue-cube : un personnage assis dont les jambes repliées vers le menton forment un bloc d'où bientôt n'émergera plus que la tête. Cette forme, née des recherches géométrisantes de la Première Période Intermédiaire offre un support commode au texte qui les envahira à la Basse Époque.

    Le Moyen Empire est considéré comme la période classique par excellence de la civilisation égyptienne. Et cela, même si sur le plan architectural, c'est la bien moins connue. Ce jugement tient à la qualité des œuvres qui nous sont parvenues.


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