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Nicolas Grimal
Histoire de l'Égypte ancienne

Ahmose

La reconquête du pays est suivie de sa réorganisation. Il semblerait que les structures administratives aient continué à fonctionner dans les cadres établis au Moyen Empire et que l'organisation des Hyksôs, au vu de la prospérité du pays à leur époque, devait être efficace. Il a donc suffit de reprendre les cadres existant.

L'ouverture sur le Proche-Orient continue et conditionne la reprise de l'importation de matières premières : l'argent et l'or d'Asie et de Nubie, le lapis-lazuli d'Asie centrale, la turquoise du Sinaï…

Les constructions religieuses et funéraires reprennent. Amon thébain est privilégié au détriment des cultes de Moyenne et de Basse-Égypte.

Les débuts de la dynastie

Il reste des incertitudes quant aux datations du début de la XVIIIe dynastie. À la mort d'Ahmose, son épouse Ahmès-Néfertary assure la régence pour son fils, Amenhotep Ier, trop jeune pour régner.

Amenhotep Ier monte donc sur le trône probablement vers 1526. Ses vingt et une années de règne sont pacifiques, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur même si le Mitanni commence à remettre en cause la domination égyptienne à proximité de l'Euphrate.
L'essor du pays se poursuit tant sur le plan économique qu'artistique mais peu de réalisations de l'époque sont parvenues jusqu'à nous.

On ignore où se situe la tombe d'Amenhotep Ier. Est-ce à Dra Abou'l-Naga ? Il serait le dernier à avoir choisi ce site puisque son successeur Thoutmosis Ier inaugure la nécropole de la Vallée des Rois. La seule chose sûre est qu'il apporte une modification radicale à la structure du complexe funéraire en séparant la sépulture du temple funéraire. Il sera suivi en cela de tous ses successeurs qui construiront chacun sur la rive occidentale de Thèbes leur "Demeure des Millions d'Années".

Hatchepsout

Amenhotep Ier ayant perdu son fils Amenemhat, c'est le descendant d'une branche collatérale qui lui succède : Thoutmosis Ier. Ce dernier confirme sa légitimité en épousant Ahmès, la sœur d'Amenhotep Ier. De ce mariage naît une fille, Hatchepsout, et un garçon, Aménémès, qui ne régnera pas.

Hatchepsout épouse son demi-frère, né d'une concubine, qui monte sur le trône sous le nom de Thoutmosis II. Thoutmosis II et Hatchepsout n'eurent pas d'héritiers mâles mais une fille, Néférourê. Par contre, le roi eut un fils d'une épouse secondaire : Thoutmosis III qui épouse sa demi-sœur Néférourê.

Thoutmosis Ier mène des expéditions militaires et établit une stèle frontière au bord de l'Euphrate. En Nubie, il a établi sa domination jusqu'à la Troisième Cataracte.
Thoutmosis II entretient cette domination par deux campagnes : l'une en Nubie, l'autre en Palestine.

À la mort de Thoutmosis II, Thoutmosis III est trop jeune pour régner. C'est Hatchepsout qui va exercer la régence avant de se faire couronner roi : officiellement, Thoutmosis III n'est plus que son corégent. Pour justifier cette usurpation, elle met en quelque sorte son époux Thoutmosis II entre parenthèses et s'invente une corégence avec son père Thoutmosis Ier.
Ce "texte de la jeunesse d'Hatchepsout" se trouve dans le temple funéraire qu'elle se fait construire à Deir el-Bahari.

Temple funéraire d'Hatchepsout, Deir el-Bahari

Parmi les grandes figures du règne de la reine, il faut citer Senmout qui reprend à Deir el-Bahari l'idée générale du temple de Montouhotep II pour la construction de celui d'Hatchepsout exécuté par le Grand Prêtre d'Amon Hapousebeb.
Notons également le chancelier Néhésy qui dirige l'expédition que la reine envoie vers le pays de Pount.

Hatchepsout règne ainsi jusqu'en 1458, c'est-à-dire en l'an 22 de Thoutmosis III qui récupère alors son trône.

La gloire de Thoutmosis III

À la mort d'Hatchepsout, Thoutmosis III doit faire face à une révolte des principautés asiatiques, coalisées autour du prince de Qadech sous l'influence du Mitanni. Il ne lui faudra pas moins de dix-sept campagnes pour maîtriser la situation.
On peut suivre l'affrontement entre Égyptiens et Mitanniens à travers les Annales que Thoutmosis III fit graver dans le temple d'Amon-Rê de Karnak.

En l'an 22-23, il part du Delta oriental, remonte par Gaza, atteint la plaine de Megiddo, assiège la ville qui finit par tomber et remonte vers Tyr.
Durant les trois campagnes suivantes, il mène des tournées d'inspection et brise la branche occidentale de la coalition.
De l'an 29 à l'an 32, Thoutmosis III s'attaque au Djahy et à Qadech. Il prend Oullaza et Ardata.
Lors de la sixième campagne, l'année suivante, les Égyptiens arrivent en Syrie par la mer ; remontent jusqu'à Qadech puis se tournent à nouveau vers la côte, marchent sur Simyra au nord de l'embouchure du Nahr el-Kébir et se portent contre Ardata.
L'année suivante, il mène une septième campagne, à nouveau contre Oullaza dont la chute amène la soumission des ports phéniciens.

Liste des villes asiatiques conquises par Thoutmosis III

En l'an 33 commence une nouvelle phase des guerres d'Asie : l'affrontement direct avec le Mitanni. Pour y arriver, il fallait franchir la barrière naturelle qu'est l'Euphrate. L'armée traînera des bateaux fluviaux à travers la Syrie. Les Égyptiens atteignent Qatna à l'est de l'Oronte puis franchissent l'Euphrate où Thoutmosis III consacre une stèle commémorative à côté de celle érigée naguère par son grand-père.
Il remonte vers le nord, ravage la région de Karkémish puis retourne sur l'Oronte.
Les neuf campagnes suivantes seront consacrées à essayer de réduire les forces mitanniennes en Naharina.

La fin du règne est plus calme : la suprématie égyptienne est provisoirement reconnue au Proche-Orient et les relations avec la mer Egée sont cordiales.

Amenhotep II et Thoutmosis IV

Thoutmosis III laisse l'image d'un grand roi : le souvenir du franchissement de l'Euphrate reste impérissable. Les campagnes de Syrie serviront de toile de fond à un conte relatant la prise de Joppé par le général Djéhouty.
La tradition lui reconnaît également le goût pour la botanique et l'art de la littérature.

Deux ans avant sa mort, il associe le fils qu'il a eu de sa seconde épouse, Hatchepsout II Mérirê, Aakhépérourê Amenhotep II, moins intellectuel que son père et davantage porté sur les activités militaires et sportives.
Ce dernier mène trois campagnes en Syrie, directement dirigées contre le Mitanni , qui se soldent par la perte de la zone comprise entre l'Oronte et l'Euphrate. Ce seront les derniers affrontements avec le Mitanni.

Sous Thoutmosis IV, les relations changent du tout au tout. Le nouvel empire hittite fondé par Tudhaliya II menace le Mitanni qui tente alors un rapprochement avec l'Égypte.

La paix règne en Nubie où Amenhotep II décore en partie Kalabsha et poursuit les travaux entrepris par Thoutmosis III à Amada. Il construit également en Thébaïde.

À la mort d'Amenhotep II, Thoutmosis IV lui succède. La stèle qu'il fait graver entre les pattes du sphinx de Gizeh relate que le grand dieu lui promit en songe la royauté s'il le désensablait.
Son règne ne dura que neuf ans : le roi mourut prématurément à l'âge d'environ trente ans.

Amenhotep III et l'apogée de la dynastie

Groupe colossal d'Amenhotep III et de Tiyi

Si la peinture thébaine tend à son apogée sous Thoutmosis IV, le règne d'Amenhotep III, en ouvrant encore plus le pays aux influences orientales, atteint un degré de raffinement qui restera inégalé par la suite.

Amenhotep III est le fils d'une concubine de Thoutmosis IV, Moutemouia. Il monte sur le trône à l'âge de douze ans et sa mère assure la régence.

Il épouse une femme d'origine non royale, la reine Tiyi, fille d'Youya et de Touya. Le frère de la reine, le divin Ay succédera à Toutankhamon. L'influence de Tiyi dans la conduite des affaires fut importante. Elle met en avant pour la première fois le rôle de la "Grande Épouse du Roi" qui prend le pas sur la reine mère.

Le règne d'Amenhotep III est marqué par la paix. Son nom est attesté en Crête, à Mycène, en Étolie, en Anatolie, au Yémen, à Babylone…
Le rapprochement égypto-mitannien est consommé par le mariage d'Amenhotep III et de Gilu-Heba puis de Tadu-Heba(t), filles de rois du Mitanni. Il épouse également deux princesses de Babylone.
La puissance montante de l'époque, ce sont les Hittites qui vont prendre un ascendant décisif à la charnière des règnes d'Amenhotep III et d'Amenhotep IV.

L'Égypte est à l'apogée de son rayonnement et de sa puissance. Amenhotep III est un des plus grands constructeurs que le pays ait connu.
Il couvre la Nubie de monuments, dans le Nord, il construit à Athribis et à Bubastis. Il commence les grands travaux du Serapeum à Saqqarah.
Dans la Vallée, il bâtit à Elkab, Souménou, Abydos et Hermopolis.
À Thèbes, il fait construire à Louxor un temple censé être le "harem méridional" d'Amon-Rê et fait consacrer dans le temple de Mout, au sud de l'enceinte de Karnak, six cents statues de la déesse Sekhmet.
Sur la rive occidentale, il se fait édifier un palais à Malgata et un gigantesque temple funéraire dont il ne reste que deux statues monumentales (appelées colosses de Memnon). Il meurt en l'an 39 en ayant peut-être associé, dans les derniers temps, son fils au trône.


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