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Nicolas Grimal
Histoire de l'Égypte ancienne

L'origine de la dynastie

Ramsès Ier n'est pas de sang royal mais provient d'une lignée de militaires. Son nom d'Horus, "Celui qui confirme Maât à travers les Deux Terres", montre sa volonté de continuer l'œuvre d'Horemheb. Son prénom, Ramessou, "Rê l'a mis au monde" et son nom de couronnement, Menpehtyrê, "stable est la puissance de Rê" soulignent sa relation privilégiée avec .
Afin de retrouver les racines de la théocratie et afin d'éviter que le clergé thébain reprenne trop de poids, le pouvoir s'installe à Memphis.

Salle hypostyle du temple d'Amon à KarnakAprès deux brèves années de règne, son fils Séthi Ier lui succède. Il mène une politique d'équilibre. La résidence royale est à Memphis mais Thèbes reste la capitale. Il promotionne le dieu Seth d'Avaris et (re)construit le sanctuaire de à Héliopolis.
Il entreprend à Karnak la construction d'une partie de la salle hypostyle qui sera achevée par Ramsès II et, en Nubie, celle du temple de Gebel Barkal.

L'œuvre principale de son règne est sa politique extérieure. À la fin de l'époque amarnienne, toute la Palestine est hostile à l'Égypte. Une première campagne lui permet de pacifier la Palestine et d'avancer jusqu'au Liban.
L'année suivante, son armée avance jusqu'à Qadech et pacifie la région d'Amourrou.
Une troisième campagne est organisée contre les Libyens.
On sait peu de choses de la quatrième expédition contre les Hittites : la zone d'influence égyptienne s'arrête au sud de Qadech et le roi Mouwatalli passe un accord de paix avec son rival.

Il poursuit l'exploitation des mines de turquoise du Sinaï dont l'activité avait repris sous Ramsès Ier et met en valeur les mines d'or du désert d'Edfou et de Nubie.

Dans l'art, son style caractéristique reste assez proche, par la finesse et le modelé, de l'art amarnien. Ces qualités se retrouvent dans son hypogée de la Vallée des Rois, dans le temple funéraire de Gourna et surtout dans celui d'Abydos et dans l'Osireion, le tombeau d'Osiris, qu'il fait édifier à proximité.

Ramsès II et l'affrontement égypto-hittite

Ramsès II succède à son père vers 1304 ou 1279-1278. Son règne est de loin le plus glorieux et le mieux connu.

Dès l'an 2 de son règne, Ramsès II défait en combat naval un raid de pirates chardanes qu'il incorpore à son armée.

La bataille de Qadesh (détail), temple d'Abou SimbelLes combats égypto-hittites ne commencent qu'en l'an 4 par une première campagne en Syrie.
L'année suivante, les Égyptiens remontent jusqu'à Qadech où se déroule l'une des batailles les plus célèbres de l'histoire du Proche-Orient ancien. Considérée comme le plus haut fait de son règne, Ramsès II la fait relater sur les murs de ses temples : à Abydos, en trois endroits du temple d'Amon-Rê de Karnak, deux fois à Louxor, au Ramesseum et à Abou Simbel. Sans oublier les versions sur papyri.
La victoire de Ramsès II est plutôt un accord de paix : Ramsès a seulement sauvé son armée. À peine a-t-il le dos tourné que Mouwatalli destitue le prince d'Amourrou, mettant fin à l'existence de la province d'Oupi et créant un véritable glacis anti-égyptien en Syrie.

Pendant ce temps, la situation évolue entre les Hittites et l'Assyrie. Adad-Nirari Ier soumet le Hanilgalbat, c'est-à-dire le cœur du Mitanni, entre le Tigre et l'Euphrate, qui était passé du côté de Mouwatalli.
De son côté, Ramsès II doit faire face à l'Ouest à des incursions libyennes qui le contraignent à édifier une chaîne de forteresses pour contrôler les déplacements des nomades.
En l'an 7 de son règne, il lance à nouveau une campagne en Syrie et conforte ses positions par une nouvelle campagne en l'an 8-9.

L'empire hittite, menacé de l'extérieur par l'Assyrie, doit faire face à une crise dynastique à la mort de Mouwatalli, opposant un bâtard, Urhi-Teshub, au frère du roi Hattusili III. C'est le tournant des relations égypto-hittites.
En l'an 21, Ramsès II signe avec Hattusili III le premier traité d'État à État de l'Histoire, dont un double était conservé dans les deux capitales, transcrit dans la langue de chacun des deux empires.
Ce trait fonde une paix durable puisque tout au long du règne de Ramsès II, les deux pays ne s'affronteront plus. Ramsès II épouse même deux princesses hittites.

L'Exode

Le règne de Ramsès II est aussi une date possible pour l'Exode. La présence des Apirou est bien attestée en Égypte sous Ramsès II. Aucune révolte n'est signalée nulle part. Aucune source égyptienne ne décrit non plus l'Exode, ce qui n'est pas étonnant, les Égyptiens n'avaient aucune raison d'y attacher la même importance que les Hébreux.
Le seul document sur lequel on se fonde pour parler d'un royaume d'Israël naissant est une stèle datant de l'an 5 de Mérenptah sur laquelle apparaît le nom d'Israël.

On possède deux points de repère : le séjour du peuple Élu dans le désert qui a duré quarante ans, soit au moins une génération, et la prise de Jéricho qui intervient après la mort de Moïse. Ce dernier événement donne 1250 comme terminus ante quem.

L'Histoire pourrait alors être reconstituée à peu près ainsi : Moïse a probablement reçu l'enseignement d'État destiné aux futurs fonctionnaires sous Horemheb. Il est de retour parmi les siens sous Séthi Ier. Le meurtre du surveillant, la fuite au pays de Madian, le mariage de Moïse et les épisodes de la Révélation et du Buisson Ardent jusqu'au retour en Égypte nous conduisent aux premières années de Ramsès II. Le refus du roi de laisser les Hébreux partir en retraite dans le désert est alors compréhensible, la zone étant, surtout entre l'an 2 et l'an 8 de son règne, particulièrement peu sûre.

L'Empire

Dans le Sud, rien ne vient troubler la paix sauf une révolte d'Irem en l'an 20 durement réprimée.

La domination égyptienne s'étend sur toute la Nubie, dont les mines alimentent le Trésor. Ramsès II assoit son pouvoir en développant les installations existantes et en faisant construire plus de sept temples entre la Première et la Deuxième cataracte :
- Beit el Wali : petit spéos contenant bon nombre de scènes militaires (reconstruit à côté de Kalabcha).
- Derr : spéos consacré à et à Amon-Rê de Karnak.
- Gerf Hussein : hémispéos où on adorait Ptah, Ptah-Tatenen et Hathor associé à Ramsès "le Grand Dieu". Une allée de sphinx criocéphales conduit à un pylône qui donne accès à une cour à péristyles contenant des colosses osiriaques. La face occidentale de cette cour constitue un second pylône qui est sculpté dans la façade de la montagne. On accède ensuite à une salle à colosses osiriaques.
Façade du temple de Ramsès II, Abou Simbel - Les temples d'Abou Simbel sont édifiés sur le même plan que celui de Gerf Hussein. Construits entre l'an 24 et l'an 31 du règne de Ramsès II et consacrés, le grand au roi associé à Amon-Rê, Ptah et Horakhty, le petit à la reine Nefertari associée à Hathor.
- Ouadi es-Séboua : Ramsès II restaure le temple construit par Amenhotep III qui avait été endommagé par les persécutions atoniennes et construit un autre temple, consacré à et à lui-même divinisé. En réalité, il s'agit d'un culte de son "image vivante en Nubie" qu'il installe également à Akcha, en l'associant à celui d'Amon et de .
Ce culte a un parallèle en Égypte dans celui des statues du roi qui étaient disposées en avant des temples et étaient l'objet d'une adoration selon un rituel propre, avec des installations particulières. Il ne s'agissait pas réellement d'une divinisation du roi mais de son adoration comme hypostase divine : le culte ne s'adressait pas à un individu mais à la manifestation de la divinité qu'il représentait.

Il construit aussi à Amara-ouest et termine la construction de la ville fondée par Séthi Ier, "la Maison de Ramsès-Miamon" qui sera à la XXe dynastie le siège du gouvernorat de Kouch.

L'extension de "l'Empire" égyptien de la Cinquième Cataracte à la Syrie du Nord a certainement été l'une des raisons profondes de l'abandon de Thèbes comme capitale, trop excentrée par rapport aux nécessités de la politique extérieure au profit d'un site du Delta oriental, plus proche des voisins asiatiques.
Pi-Ramsès a été localisée sur le site de l'ancienne Avaris. Séthi Ier y construit un palais mais c'est Ramsès II qui décide d'en faire sa capitale et entreprend la construction de la ville proprement dite.
La ville restera la capitale jusqu'à la fin de l'époque ramesside puis sera abandonnée au profit de Tanis à la XXIIe dynastie sans doute à cause d'un déplacement de la branche pélusiaque du Nil et servira de carrière de pierres pour la construction de la nouvelle capitale.

Les temples d'Égypte

Ramsès II fait disparaître les dernières traces de l'épisode amarnien en laissant démolir Akhetaton pour construire et agrandir la ville d'Hermopolis.

Le RamesseumIl se fait également construire, sur la rive ouest de Thèbes un temple funéraire, la "Demeure des Millions d'Années unie à Thèbes" appelé Ramesseum.
Le Ramesseum donne une idée du plan traditionnel du temple égyptien qui n'est pas un lieu de recueillement pour les fidèles mais seulement la demeure du dieu.
La disposition générale des bâtiments suit un axe qui va de l'entrée au sanctuaire. Ce cheminement permet une approche graduelle du divin : il ménage des étapes correspondant aux niveaux successifs de pureté nécessaires pour approcher le dieu et est matérialisé par un passage progressif de la lumière à l'ombre qui devient ténèbres dans le saint des saints où repose le dieu.
Dans le même temps, le sol s'élève lentement pour atteindre son point culminant sous le naos.
La cour donne accès à une salle hypostyle, la per-douat, dont les plafonds sont reliés par des fenêtres à claustra qui diffusent une lumière atténuée. C'est là que le seul officiant admis auprès du dieu, le roi, remplacé dans la pratique par un grand prêtre, se purifie.
Il accède ensuite à l'adyton, "le lieu inaccessible", c'est-à-dire au naos qui peut être précédé ou non d'une salle d'offrandes.
Cet ensemble est complété, en avant du temple, par un quai débarcadère destiné à accueillir la barque divine lors des processions.
Cette organisation n'est pas limitative et peut connaître des extensions. Ainsi, celles du temple de Louxor ont doublé son plan originel et Karnak est devenu une véritable ville.

Ramsès II meurt après l'un des plus longs règnes qu'ait connu l'Égypte, laissant un pays au sommet de sa puissance et de son rayonnement culturel mais aussi une famille en proie aux difficultés successorales. Il a en effet enterré bon nombre de ses fils : Sathorképechef, Ramesses puis Khâmeouaset, le prince archéologue restaurateur des monuments memphites.
C'est Mérenptah qui montera sur le trône à la mort de son père.

La momie de Ramsès II, enterré dans la Vallée des Rois, finira dans la Cachette de Deir et-Bahari.

La difficile succession de Ramsès II

La montée sur le trône de Mérenptah ne semble pas avoir posé de problèmes puisqu'il avait été désigné de son vivant par son père.
Il règne un peu moins de dix ans et a un fils, Séthi Mérenptah, le futur Séthi II.
Mineptah conserve Pi-Ramsès comme capitale mais accroît le rôle de Memphis. On trouve trace de son activité au port d'Héliopolis, à Heromoplis, à Es-Sirirya où il consacre un spéos à Hathor et construit un autre sanctuaire que Mentouhotep II avait consacré à Hathor de Dendera.
Il se construit également un temple funéraire avec les matériaux provenant de celui d'Amenhotep III à Thèbes avant d'être enterré dans la Vallée des Rois.

Le grand événement de son règne a trait à la politique extérieure. En Asie, il bénéficie encore des effets du traité égypto-hittite de l'an 21 du règne de Ramsès II.
Il est contraint de monter une expédition contre Askalon, Gezer et Israël. Il doit aussi mater une rébellion dans le pays de Kouch.
La Libye commence à jouer un rôle grandissant en Méditerranée. Des populations venues de Méditerranée, poussées vers le Sud par les vagues indo-européennes et désignées sous le nom générique de "Peuples de la Mer" tentent un raid contre l'Égypte à la fin de l'an 5 de Mineptah.
La seconde vague viendra vingt ans plus tard, sous le règne de Ramsès III.

Les quinze dernières années de la dynastie sont très confuses. À la mort de Mérenptah éclate une crise de succession.
Amenmès, qui serait le fils d'une fille de Ramsès II inconnue par ailleurs, Takhâyt, prend le pouvoir. Ce roi aurait régné cinq ans mais, comme il a été considéré par la suite comme un usurpateur, il est difficile de suivre sa trace sur les monuments.

Les usurpations

Amenmès est remplacé par Séthi II, héritier légitime de Mérenptah, qui règne six ans et semble maintenir le pays dans un calme relatif. Il épouse trois reines.
La première, Takhat II, ne semble pas lui avoir donné d'héritier. La deuxième, Taousert, lui donne un fils qui meurt avant son père. C'est le fils de la troisième reine, le prince Siptah, qui monte sur le trône.

Parce que Siptah est trop jeune pour exercer le pouvoir, sa belle-mère Taousert prend la régence du pays avec l'aide du chancelier Bay, laissant dans la mémoire collective un mauvais souvenir. À la mort de Siptah, Taousert règne peut-être encore deux années.

Le roi suivant, Sethnakht, déclare avoir chassé l'usurpateur et est présenté comme le réorganisateur du pays. Le changement de dynastie n'a pas dû se faire de manière brutale puisque Sethnakht maintient en place le vizir et le vice-roi de Kouch. Le fils qu'il a de la reine Tiymérenaset et qui va lui succéder sera le dernier grand roi du Nouvel Empire.

Ramsès III

Ramsès III prend pour modèle Ramsès II et l'Égypte retrouve pour la dernière fois sous son autorité une puissance certaine au Proche-Orient.
Les Libyens, repoussés par Mérenptah, reviennent à la charge dans le Delta occidental. Ramsès III les vainc et intègre une partie de leurs troupes à l'armée égyptienne.
Une nouvelle vague déferle six ans plus tard, en l'an 11 de son règne. C'est une nouvelle victoire égyptienne et les Libyens sont emmenés en captivité avec femmes et enfants.
Ainsi, peu à peu, des communautés libyennes se constitueront dans le pays. Regroupées en chefferies égyptiannisées, elles prendront en main le pouvoir quand l'État sombrera à nouveau dans l'anarchie.

Combat contre les Peuples de la Mer (temple de Ramsès III à Médinet Habou) En l'an 8, entre les deux guerres libyennes, Ramsès III doit affronter une nouvelle invasion des Peuples de la Mer auxquels se sont joints les Philistins. Ramsès III les rencontre dans une bataille navale qu'il relate sur les murs de son temple de Médinet-Habou.

Outre son temple funéraire, Ramsès III fait des travaux à Louxor et surtout à Karnak. Il aurait également construit à Pi-Ramsès, Héliopolis, Memphis, Athribis, Hermopolis, Assiout, This, Abydos, Ombos, Coptos, Elbak, en Nubie, en Syrie…

Après l'an 12 de son règne, des difficultés politiques et économiques surgissent. Le roi limoge son vizir et doit veiller à la régularité du service des rations versées aux temples.
Dans la communauté de Deir el-Médineh, les salaires ont deux mois de retard, provoquant la première grève connue.

Ces difficultés, dues à des causes économiques, trahissent également un affaiblissement du pouvoir de l'État face aux clergés et aux domaines des temples. De plus, les querelles dynastiques se poursuivent.
Le règne se termine par une conspiration fomentée dans le harem par une seconde épouse, Tiy, pour mettre sur le trône son fils, Pentaouret. Les minutes du procès intenté aux conspirateurs sous le règne de Ramsès IV sont parvenues jusqu'à nous.

Ramsès III s'éteint après trente-deux années de règne. Sa momie retrouvée dans la Cachette de Deir el-Bahari est celle d'un homme de soixante-cinq ans environ qui semble mort de mort naturelle. Huit rois lui ont succédé en un peu moins d'un siècle. Tous portent le nom de Ramsès.

Les artisans de Deir el-Médineh

La communauté d'artisans de Deir el-Médineh, bien qu'il s'agisse d'une société repliée sur elle-même et limitée, puisqu'elle comprend au plus cent vingt travailleurs et leur famille, soit une collectivité de plus de mille deux cents personnes, est une source documentaire de première importance pour l'époque ramesside, tant pour notre connaissance de l'urbanisme, des coutumes sociales et funéraires, de la littérature que de la vie du pays en général.

Le village est fondé par Thoutmosis Ier quand la Vallée des Rois entre en service. Il comprend une soixantaine de maisons entourées d'une muraille auxquelles il faut ajouter cinquante autres, construites en dehors de l'enceinte.
Village de Deir el-Médineh Il accueille des ouvriers payés pour creuser, aménager et décorer les tombes royales. Il est coupé en deux par un axe nord-sud qui détermine deux quartiers qui travaillent en alternance. À l'extrémité de la rue, une porte gardée est fermée la nuit.

Les murs des maisons étaient peints en blanc et les portes en rouge, où était marqué le nom de l'occupant. Les maisons sont construites sans fondations, en pierres brutes jusqu'à 1,50 m du sol puis en briques crues. Les terrasses sont en torchis sur une armature de bois.
De la rue, on accède à une première pièce, sorte d'accueil et de purification familiale, où se trouve un autel où le culte domestique aux dieux et aux ancêtres est rendu. De là, on accède à une pièce principale. Un escalier conduit à une pièce souterraine utilisée comme resserre pour les objets précieux de la famille. Derrière se trouvent les pièces intimes et, au fond, la cuisine, un cellier et une terrasse.

Les lieux de cultes étaient regroupés au nord du site. Quant aux tombes, dans les premiers temps, elles étaient construites sans plan d'ensemble. À partir de la XIXe dynastie, elles sont réparties en quartiers sur le coteau nord-sud. Elles adoptent une forme architecturale composite combinant la pyramide héliopolitaine et l'hypogée. Un caveau pouvait accueillir plusieurs dizaines de sépultures : celui de Sénedjem contenait vingt cercueils.

Cette petite société réunissait tous les corps de métiers, du bâtiment aux arts appliqués et toutes les ethnies étaient représentées : Nubie, Syrie, Libye… même si les Égyptiens de souche étaient majoritaires.
La communauté, continuellement surveillée par les forces de l'ordre, était placée sous l'autorité du vizir de Thèbes-ouest. L'approvisionnement du village était assuré par l'administration à partir des magasins des temples voisins.

Les familles vivent repliées sur elles-mêmes. La polygamie, ajoutée à la consanguinité des unions, crée au fil des générations de véritables dynasties dans chaque profession ou corps de métier et fonde une hiérarchie sociale.
La vie de la communauté est très mouvementée : nous avons gardé des témoignages de vols, adultères, vengeances, crimes, pillages…
Elle est ponctuée de fêtes religieuses dont la Fête de la Vallée tient la première place, des congés à l'occasion de l'enterrement des rois, de réunions de confréries et de l'enterrement des habitants du village.

Rois et prêtres

Ramsès V Amonherkhépechef succède à son père en l'an 1148 et meurt au bout de quatre ans de règne. Outre sa tombe dans la Vallée des Rois, il construit un temple funéraire à Héliopolis et Bouhen.
De son règne datent le Papyrus Wilbour, un grand texte fiscal conservé au Musée de Brooklyn, une série d'hymnes royaux ainsi que le Papyrus 1887 de Turin relatant un scandale financier dans lequel sont impliqués des prêtres d'Éléphantine qui en dit long sur la corruption qui régnait dans l'administration.

Les choses ne s'arrangent pas sous Ramsès VI Amonherkhépechef II qui est, lui, un fils de Ramsès III, contrairement à son prédécesseur.

Les deux lignées, celle des descendants directs et celle des frères et neveux de Ramsès III se disputeront le pouvoir jusqu'à la fin de la dynastie.
Si le pays n'est pas en état de guerre civile, il est quand même le théâtre de nombreux actes de banditisme révélateurs de la faiblesse du gouvernement. Les signes de décadence se multiplient : l'autorité égyptienne en dehors de la Vallée est de plus en plus limitée et le pouvoir des grands prêtres d'Amon s'accroît.

Ramsès VII succède à son père en 1136. Sous son règne, la misère augmente. Les sources de Deir el-Médineh permettent de suivre la montée des prix et le roi, au cours de son règne de sept ans, ne laissera que peu de traces sur les monuments.

Ramsès VIII Soutekhherkhépechef qui lui succède en 1128 ne règne qu'un an. C'est l'un des fils survivants de Ramsès III.

Ramsès IX règne durant dix-huit ans et déploie une plus grande activité : on trouve sa titulature à Amara-ouest et son nom à Gezer en Palestine, dans l'oasis de Dakla et à Antinæ. Il fait construire essentiellement à Héliopolis.

À Karnak, le Grand Prêtre Ramsesnakht avait tissé, par une série d'alliance et de mariages familiaux, un réseau parmi les prêtres et les notables de Thèbes qui lui permit d'asseoir définitivement le pouvoir des Grands Prêtres d'Amon.

La fin du règne de Ramsès IX est entachée d'un scandale qui se reproduira par la suite : le pillage de la nécropole royale et de certaines nécropoles civiles. Le Journal de Deir el-Médineh permet de reconstituer à peu près les faits.
Les autorités tenteront de sauver au moins les corps en procédant à des transferts successifs, au fur et à mesure des besoins. La momie de Ramsès II en donne un exemple que l'on peut suivre grâce au procès-verbal porté sur le couvercle du dernier cercueil qui l'a reçut : le Grand Prêtre Hérihor l'installe dans la tombe de Séthi Ier. Plus tard, à la XXIe dynastie sous Siamon, le grand prêtre Pinedjem la fait transporter dans la cachette de Deir el-Bahari avec celle de Séthi Ier. Cette cachette est aménagée par Pinedjem II dans la tombe de l'épouse d'Ahmosis, Inhâpy, qu'il fait agrandir pour la circonstance. Il y fait déposer quarante cercueils de rois et grands prêtres, de la XVIIe à la XXIe dynastie.
Ces pillages portent témoignages de l'insécurité qui règne en Haute-Égypte dès Ramsès IX et qui va s'accroître sous les deux derniers pharaons de la dynastie.

On n'est pas sûr de la durée du règne de Ramsès X Amonherkhépechef III auquel on attribue trois ou neuf ans. Il est le dernier roi dont la souveraineté sur la Nubie, dernier territoire extérieur à l'Égypte à lui être soumis, est attestée.

Ramsès XI lui succède pour un règne de vingt-sept ans dont seules les dix-neuf premières années sont plus ou moins effectives.

Les troubles augmentent en Thébaïde où les prêtres s'arrogent des prérogatives qui font d'eux presque les égaux du roi. Ainsi, un peu avant l'an 19, le Grand Prêtre de Karnak Hérihor devient tout-puissant en Haute-Égypte.
C'est le début de "l'ère de Renaissance" qui consacre une sorte d'équilibre entre trois hommes.
Le premier est le roi qui reste en principe maître du jeu mais qui n'a dans les faits plus aucun pouvoir.
Le deuxième personnage est un administrateur nommé Smendès qui gère, en principe sous les ordres du clergé d'Amon, le nord du royaume depuis la résidence royale de Pi-ramsès. Celle-ci vit ses dernières années avant d'être démantelée pour construire Tanis.
Le troisième membre de ce triumvirat est Hérihor qui cumule les charges temporelles et spirituelles et a le commandement des armées, de la Haute-Égypte et de la Nubie.

Cette association ne survivra pas à Ramsès XI et le pouvoir va se trouver partagé entre la Haute et la Basse-Égypte.
Dans le Nord, Smendès fonde une nouvelle dynastie qui s'installe dans une nouvelle capitale, Tanis et se réclame de la famille royale.
Dans le Sud, le pouvoir est aux mains des Grands Prêtres d'Amon.


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