Chapitre X : Animaux divins

Que le divin se manifeste sous forme animale est un phénomène général (voir la colombe du Saint-Esprit). Mais l'Égypte figure tout au début de ces représentations, dès le IVe millénaire, avec des amulettes, des figurines et des vases de la culture de Badari.

L'animal en tant que symbole d'aspects de la divinité

Les animaux rapprochent les hommes du monde des dieux parce que leurs manières d'être renvoient à des réalités qui dépassent les capacités humaines. La religion de l'Égypte se sert des animaux, soit vivants, soit représentés par l'art pour communiquer quelque chose de la nature divine. Mais, dans l'interprétation de ses symboles, il faut se garder de tout schématisme, car aucun animal n'est réductible à une signification déterminée : chaque espèce représente un ensemble de représentations très diverses et par là même rend mieux compte de la nature complexe des dieux. On ne peut pas ramener la signification de tous ces animaux à des équations telles que taureau = fécondité, lion = souveraineté.

Ainsi l'hippopotame peut représenter Seth, mais aussi être un symbole de résurrection de par ses apparitions et disparitions successives au-dessus du niveau du Nil, et aussi parce qu'il domine l'élément aquatique représentant le chaos. Il est également l'animal de Thouéris et de Ipet.

Cela est aussi vrai du serpent, symbole de rajeunissement de part sa mue, mais également animal dangereux. C'est le serpent Mehen qui entoure le soleil de ses anneaux durant sa course nocturne, mais Apophis, l'ennemi de , est également un serpent. De même l'ureus protège celui qui le porte, et Ouadjet protège la Basse Égypte.

Ainsi le lion (pensons à la déesse Sekhmet) et le crocodile (pensons au dieu Sobek) allient une sauvagerie dangereuse à des fonctions protectrices.

L'animal comme image de la divinité

En même temps, tout comme Pharaon est l' "image" du dieu créateur, un animal peut représenter directement une divinité et être l'objet d'un culte, comme Apis et Boukhis qui étaient ressentis comme réceptacles de la présence divine.

Animaux ayant peu ou pas de relation avec une divinité

  • Le hérisson, qui habite ce royaume des morts qu'est le désert et qui loge dans de sombres tanières, anticipe les formes d'existence de l'au-delà.

  • La grenouille, comme le serpent et le bousier, naît spontanément et n'a donc pas besoin de dieu créateur. C'est pourquoi on donna à l'époque tardive des têtes de grenouilles et de serpents aux huit dieux primordiaux d'Hermopolis.

  • L'éléphant, la girafe et le cheval (les deux premiers étaient peut-être considérés comme trop exotiques, et le cheval est apparu trop tardivement en Égypte).

  • Les formes hybrides

    Les êtres divins peuvent se décrire par une combinaison de plusieurs éléments figuratifs, comme, dans l'écriture hiéroglyphique, un mot se compose de plusieurs signes. Mais ici, contrairement à l'écriture, aucune limite n'est imposée à l'inventivité.

    Les formes à tête animale et corps humain

    L'utilisation de formes à tête animale et corps humain provient peut-être de la coutume africaine de se déguiser en animal. La partie humaine signifie que l'animal, ici, se présente comme une personne divine.

    Notons qu'un animal tout entier peut représenter la tête, dans le cas du scarabée Khépri.

    Les formes à tête humaine posées sur un animal ou un objet

    La première apparition de telles formes remonte à la palette de Narmer où Horus tient en laisse un morceau de territoire planté de papyrus d'où sort une tête humaine.

    Le sphinx constitue un des legs les plus durables de l'Égypte à l'histoire de l'art. Le roi, dont la tête surmonte un corps de lion, monte la garde devant son sanctuaire. Mais il existe aussi des sphinx à tête de bélier, de serpent, de faucon ou de crocodile.

    Dans le cas de l'oiseau Ba, les ailes représentent la mobilité sans entrave. Un cas particulier est celui d'Osiris à tête de bélier de , symbolisant l'union nocturne de (en tant que Ba) et d'Osiris (en tant que corps), pour ne former qu'un seul être divin.

    Maintes divinités peuvent apparaître tantôt sous une forme animale à tête humaine, tantôt sous la forme inverse. Ainsi Anubis, Horus ou la déesse serpent de la cime thébaine, Meret Seger. Hathor, quant à elle, a encore davantage de possibilités, soit que la partie animale soit réduite aux cornes entourant le soleil ou aux oreilles d'une vache, soit qu'elle apparaisse comme "déesse de l'Ouest" ou comme déesse de l'Arbre.


    TABLE DES MATIÈRES

    Imprimer la page Moteur de recherche Site : mode d'emploi Pour m'écrire Retour à la page d'accueil Retour à la page précédente Aller à la page suivante