Chapitre XI : L'homme : poisson et oiseau

Dans une tombe de la XIXe dynastie, à Deir el-Medineh, le corps humain momifié est remplacé par celui d'un poisson, sur lequel s'affaire Anubis. Ce motif peut être rapproché d'un autre, plus tardif, où un poisson, remplaçant l'oiseau Ba, est placé au-dessus de la momie. Les anciens Égyptiens, qui écrivaient le "corps" avec le signe d'un poisson et l'âme ("Ba") avec celui d'un oiseau, signifiaient ainsi que l'homme réunit dans sa personne la pesanteur terrestre et l'envolée spirituelle et psychique.

Le corps

Depuis l'Ancien Empire, le corps d'un défunt est séparé en trois parties :

  • La momie dans son ou ses sarcophages.

  • Les vases canopes. Depuis la IVe dynastie, les viscères (sauf le cœur et, plus tard, les reins) sont retirées du corps et conservées séparément, comme des parties indépendantes de l'homme.

  • Le Tekenou, récipient contenant vraisemblablement les substances organiques qui ne trouvaient pas place dans les vases canopes.

  • Ainsi pouvait être reconstituée l'intégrité corporelle, condition nécessaire pour l'existence dans l'au-delà.

    Une image saisissante de l'alimentation nécessaire post mortem est celle de la "déesse de l'Arbre", assimilable à Hathor ou à Nout, qui abreuve le défunt. Mais ce dernier doit également être vêtu : cosmétiques et miroir font aussi partie de son viatique. Les anciens Égyptiens croyaient en une existence corporelle continue, brièvement interrompue par la mort. Ceci leur facilitait une relation au corps équilibrée et détendue. Il existait certes des jeûnes en cas de deuil et des abstinences sexuelles afin d'être pur pour le culte, mais jamais le corps ne fut considéré en Égypte comme la prison de l'âme. Au contraire, le corps a quelque chose de divin, une divinité prenant possession de chaque partie du corps du défunt. Être dieu est la forme d'existence eschatologique qui attend tous les hommes. C'est pourquoi l'art égyptien souligne ce qui est impersonnel et permanent dans l'homme, ce qui demeure dans l'au-delà.

    Mais l'homme comprend aussi plusieurs composants d'ordre spirituel et psychique.

    Le ka

    Le ka est symboliquement représenté par deux bras levés, mais qui doivent être compris comme dessinés dans un plan horizontal et enserrant l'homme en un geste protecteur. Il représente la force vitale, le bien-être et même l'appétit : toute nourriture profite au ka et, quand on trinque, on dit "À ton ka". Le cœur, siège de la raison, des sentiments, de la conscience morale, du désir, de la mémoire et de la volonté est étroitement lié au ka. C'est lui qui sera pesé lors du jugement d'Osiris. C'est l'organe le plus important pour la survie après la mort et c'est pourquoi, contrairement aux autres organes, il est laissé dans le corps afin d'être toujours à la disposition du défunt.

    Le nom

    Ptah créa le monde en nommant les choses et les êtres. L'Égyptien cherche à ne pas sombrer dans l'anonymat après la mort. Il y parvient grâce à l'écriture dont c'est le premier usage visait à munir les personnes représentées de titres et d'un nom. Le nom peut représenter la personne tout entière. On investit en magie l'énorme pouvoir qui émane du roi et des dieux. Inversement - et jusqu'à l'époque romaine - on a cherché à anéantir toute une existence en supprimant le nom. L'identité d'une statue repose non sur son aspect extérieur, mais sur le nom qui y est apposé. Comme la personne, le nom est vulnérable et sa connaissance donne un pouvoir sur cette personnalité, comme le montre l'histoire d'Isis forçant à lui révéler son nom secret.

    L'ombre

    L'ombre est porteuse d'énergie. Comme le Ba, elle est également extrêmement mobile et rapide. Cependant, contrairement à lui, elle ne monte pas au ciel mais reste attachée à la terre. Même le soleil a une ombre qui parcourt le monde d'en bas.

    Le Ba

    Mais c'est seulement avec le Ba, qui remplit le corps lourdement terrestre de sa présence spirituelle et psychique que l'homme accède à sa pure nature d'oiseau. Le mot s'écrit depuis les temps les plus reculés par un signe représentant l'oiseau jabiru stylisé. Au Nouvel Empire, on donne au Ba une tête et même parfois des bras humains. Le Ba appartient au ciel et le corps à la terre. Mais c'est l'union des deux qui doit se produire chaque nuit dans les profondeurs du monde souterrain : ainsi est comprise la rencontre nocturne de (le Ba) avec Osiris (son corps). Sauf exception (comme dans le Dialogue d'un désespéré avec son Ba), on ne rencontre pas le Ba d'un homme vivant.

    Le Ba dépend du corps, car il a besoin d'un approvisionnement matériel : pain et bière. Il participe aussi aux rapports sexuels. Le Ba peut se mouvoir librement et se métamorphoser en n'importe quelle forme, et c'est pourquoi des auteurs antiques ont faussement attribué aux Égyptiens l'idée d'une métempsycose.

    L'akh

    Bien que rendu par le hiéroglyphe de l'ibis à aigrette, l'akh n'est pas représenté par un oiseau, mais sous la forme d'une momie. L'homme ne peut devenir un akh qu'après sa mort, lorsqu'il a été jugé puis transfiguré.


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