Chapitre IV : Le temps et l'éternité

L'héritage égyptien

L'année solaire des anciens Égyptiens, avec ses 360 jours auxquels s'ajoutent 5 jours "épagomènes", est encore celle que nous utilisons actuellement.
Même la réforme julienne, qui introduisit les années bissextiles, se basait sur le calendrier alexandrin de l'époque ptolémaïque. (En fait, nous avons inutilement compliqué ce calendrier en y introduisant les mois romains d'une durée variable, et la semaine juive de sept jours). Même la division du jour en deux fois douze heures nous vient d'Égypte (encore que là, la longueur des heures dépendît de la saison).

Les Égyptiens, par contre, ignoraient les minutes et les secondes. Le temps le plus bref ("at") n'était pas défini avec précision et pourrait se traduire par "instant".

Depuis les temps les plus anciens, les Égyptiens utilisaient aussi un calendrier lunaire qui servait au calcul des fêtes religieuses. Les représentations les plus fréquentes du temps sont le serpent et la corde sans fin.

Un surplus de vie

La durée de vie d'un homme ("âhâou") était en moyenne de 25 à 33 ans, à cause d'une mortalité infantile élevée. Mais des cas de septuagénaires, d'octogénaires etc. sont nombreux, Ramsès II constituant le plus célèbre exemple avéré.
Mais en fait, les Égyptiens souhaitaient une rallonge au temps de vie maximum estimé de 100 ans. Ce fut d'abord 10 ans. Ce supplément permettait au patriarche de terminer sa vie dans la sagesse et libéré de toutes les afflictions terrestres. Puis on demanda 20 ans, voire 50 ans supplémentaires !

Dans son "De Iside", Plutarque nous apprend que même Thot dut ruser pour obtenir du temps supplémentaire (en fait, les 5 jours "épagomènes" qui permirent à Nout d'accoucher).
Il les obtint en gagnant au jeu, et ce n'est pas un hasard si de nombreuses scènes de jeu se retrouvent dans les tombes.

Le temps dans l'au-delà

Car le temps de vie ("âhâou") n'est pas uniquement terrestre. Les dieux et les morts sont également soumis au temps.

Les dieux égyptiens ne sont en effet pas immortels : leur durée de vie prendra fin un jour, dans des lointains insondables, et le monde retournera au chaos.

Quant aux morts, ils demeurent dans le temps et parcourent des cycles de vie toujours nouveaux, mais situés dans l'au-delà.
Les "Livres de l'au-delà" du Nouvel Empire nous apprennent qu'ils sont réveillés chaque nuit pendant une heure, lorsque le soleil, qui remonte le temps de la vieillesse à la naissance, arrive dans leur secteur. Mais cette heure équivaut pour eux à une vie terrestre complète.
Les réprouvés, les "ennemis" du dieu soleil sont anéantis par le fait même qu'ils ne reçoivent aucune partie de ce temps.

"Neheh" et "Djed"

La durée de l'existence dans l'au-delà, à côté de laquelle la vie terrestre est de peu de poids, est "Neheh" et "Djed".
Osiris est en effet souvent désigné comme "Maître de Neheh et Souverain de Djed". À la différence des ténèbres et des eaux primordiales, "Neheh" et "Djed" ne se situent pas en dehors de la création et ne sont donc pas l'éternité au sens absolu, puisque cette "éternité" a un commencement et une fin, mais qui se situent à des distances de "millions d'années".

La question de la différence éventuelle entre "Neheh" et "Djed" est très controversée. Cela fait partie de la manière de penser égyptienne que de différencier en deux concepts ce qui est unité. "Neheh" et "Djed" sont des piliers temporels de la voûte céleste, comme Shou et Tefnout la soutiennent dans l'espace.

La qualité du temps

Mais les Égyptiens avaient bien compris que, plus que la quantité de temps allouée, c'était la qualité de son emploi qui comptait. C'est pourquoi les (re)commencements éteint si importants pour eux, puisqu'ils offraient une occasion d'utiliser à nouveau et mieux le temps.


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