Chapitre VI : Regard sur les mondes de l'au-delà

La géographie de l'au-delà

Le soleil, qui disparaît chaque soir, traverse l'empire des morts et réapparaît rajeuni le lendemain, donnait aux Égyptiens la certitude que la mort ne représente qu'un passage vers une vie nouvelle et rajeunie.

Les profondeurs dans lesquelles le soleil sombre le soir apparaissent sous trois aspects, non pas contradictoires, mais complémentaires.

1. Les profondeurs des eaux de l'océan primordial ;

2. celles de la terre du monde d'en bas, le royaume des dieux de la terre Geb, Aker - le dieu bicéphale - et Tatenen ;

3. et celles du ciel, Nout, dont le soleil parcourt le corps jusqu'à sa nouvelle naissance.

Les "Livres de l'au-delà" ou "Livres de ce qui est dans la Douat" du Nouvel Empire nous permettent de suivre le parcours nocturne du soleil(8) en remontant l'espace et le temps, ce qui permet de stopper et même d'inverser le processus du vieillissement.
Initialement destinés aux rois seuls, les "Livres de l'au-delà" furent usurpés par les grands prêtres d'Amon de la XXIe dynastie.

L'au-delà y est divisé en douze secteurs correspondant aux douze heures de la nuit et répartis en trois espaces.

1. Le premier de ces espaces correspond à la période suivant immédiatement le coucher du soleil (un espace parallèle lui correspond juste avant l'aube).

2. Le second constitue la "Douat" proprement dite. Le soleil la traverse sur le Nil souterrain, qui forme une partie de l'océan primordial, le Noun. Il est protégé par un serpent, acclamé par les bienheureux défunts et accompagné d'une foule de dieux : Oupouaout - l'ouvreur de chemins -, Hathor, Horus, Sia - la connaissance -, Heka - la magie - et Mâat.

3. La troisième strate est le lieu de l'anéantissement ("hetemit") qu'aucun rayon n'éclaire jamais et où ceux qui ont "fait le mal" sont anéantis par des serpents cracheurs de feu, dans des chaudrons bouillants(9), ou, à partir de l'époque amarnienne, par la "Dévorante", gueule visible de l'enfer. Nous sommes placés là en face de l'abîme où le monde se dissoudra à la fin des temps.

Dissolution et renaissance

Mais dissolution et destruction sont en même temps une condition préalable à toute nouvelle création. Le monde de l'au-delà offre donc un double visage. Il est le royaume d'infinies promesses, une source de régénération permanente et en même temps un abîme de terreur. Osiris, tué brutalement mais surmontant la mort en engendrant Horus en est le parfait exemple.

Si les Égyptiens inventèrent dès le début de l'Ancien Empire la momification pour assurer leur survie corporelle, ils plaçaient cependant plus d'espoir dans un "corps glorieux", semblable au corps terrestre, mais plus grand et surtout délivré des insuffisances d'ici-bas.
L'édification précoce d'un tombeau et le fait de confier son cadavre aux embaumeurs relevaient de la prévoyance, car, pour les Égyptiens, les dépenses engagées pour les funérailles ne représentaient pas une condition sine qua non d'une survie bienheureuse.
Ainsi, les noyés parvenaient directement dans le monde d'en bas, par le Nil et les eaux primordiales. De même ceux qui, sans avoir été momifiés sont confiés aux sables du désert, cette autre matière originelle.

Bien entendu, on trouve dans la longue histoire de l'eschatologie égyptienne des représentations plus sombres et plus sceptiques de l'au-delà et dont les "Chants des harpistes" se sont faits l'écho.

Rê, Ba d'Osiris

L'âme humaine, le Ba est attiré vers le ciel, tandis que le corps et l'ombre sont attachés à la terre. Pourtant un nouvel éveil à la vie implique que soient à nouveau réunis ces éléments de la personnalité que la mort a séparés.
Heureusement, le soleil descend dans les profondeurs sous forme de Ba et entraîne avec lui tous les Ba de tous les dieux et des bienheureux défunts afin que ceux-ci animent à nouveau leur enveloppe matérielle.
Pour les théologiens du Nouvel Empire, est le Ba d'Osiris et s'unit chaque jour au corps du dieu. Il en va de même pour tous les bienheureux défunts, qui sont eux aussi devenus des Osiris.
C'est ce qu'illustrent les représentations de la course solaire dans les décorations tombales du Nouvel Empire.

La lune et ses cycles jouent aussi un rôle important dans les croyances eschatologiques de l'ancienne Égypte, même si ce motif tend à décroître dans les "Textes sur l'au-delà" du Nouvel Empire.

La rencontre des dieux

Mêlé aux dieux, partageant leur nourriture et devenu dieu lui-même, le défunt peut rencontrer face à face les divinités. Une scène de la onzième heure du "Livre des portes" fixe cet instant : le visage de est représenté de face, ce qui est exceptionnel dans l'art égyptien.

Rappelons en passant que les dormeurs peuvent également rencontrer en rêve les dieux et les défunts.


Notes (cliquez sur le chiffre pour remonter dans le texte) :

(8) Contrairement aux "Livres des Morts" qui fournissent des renseignements pratiques pour l'existence dans l'au-delà.

(9) Comme bien d'autres châtiments égyptiens, ce motif se perpétuera dans le Moyen Âge chrétien.


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