Chapitre VII : Le temple, un cosmos

La signification du temple égyptien

L'horizon (en égyptien Achet, "clairière") est le lieu où le soleil se lève et se couche, l'endroit où se rejoignent l'au-delà et le monde des vivants. Mais le soleil n'est pas le seul à posséder un horizon : tous les dieux en ont un et c'est leur temple.

L'eau qu'on atteint en creusant les fondations fait partie du Noun. Les tuiles qui recouvrent le mur d'enceinte ne sont pas disposées de façon rectiligne, mais évoquent des vagues. C'est que le temple sort du Noun et a son fondement en lui. Celui qui franchit ce mur se baigne dans les eaux primordiales avant de pénétrer, purifié et rajeuni, dans la demeure des dieux.

La fondation d'un temple est vue comme une répétition de la création. Le rituel de fondation est représenté dans plusieurs temples. À l'époque tardive, on procédera sur les objets du culte au rituel de l'ouverture de la bouche afin de les rendre opérants.

La signification de ce qui est physique et matériel se manifeste avant tout dans l'habitude de réutiliser des éléments d'anciennes constructions dans les nouvelles : même dans un matériau de pierre ordinaire agissent des énergies divines qui peuvent aider et guérir.

Non seulement la statue du culte, mais le temple tout entier est un corps physique auquel le Ba psychique du dieu pouvait s'unir de la même manière qu'il s'unit la nuit avec son corps "véritable".

À noter qu'il n'existe en Égypte aucun temple qui soit à proprement parler dédié à une seule divinité : à côté de la divinité principale dans son sanctuaire, on trouve une pléiade de dieux ayant leurs châsses, leurs oratoires (voir la représentation des triades divines, fort en faveur au Nouvel Empire).

L'architecture

Nous possédons des représentations de sanctuaires dès les époques les plus reculées.
Sous l'
Ancien Empire, les sanctuaires divins sont très modestes et non décorés, tandis que les temples royaux se développent.
Au Moyen Empire, la signification des temples divins gagne en importance et on voit grands prêtres et haut fonctionnaires se faire ériger dans le temple, avec l'assentiment royal, des statues d'eux-mêmes pour ainsi profiter des offrandes et des prières(10).
Au Nouvel Empire, le temple prend sa forme axiale (pylône, cour ouverte au peuple, salle hypostyle, salle des offrandes, salle de la barque sacrée, saint des saints). L'ensemble, édifié en pierre et entouré d'un mur de briques comporte également des habitations, des magasins et un lac sacré.
Ce qui caractérise une architecture axiale, c'est que tout élément peut en être répété à l'infini, de sorte que les grands temples sont en perpétuelle extension.
À l'époque tardive, on agrandit aussi le temple vers le haut (en ajoutant des petits sanctuaires sur le toit) et vers le bas (crypte) ; c'est une application du principe de l'extension de ce qui existe. Les dimensions et l'orientation des temples sont très précises.

Les pylônes sont interprétés comme figurant Isis et Nephthys soulevant le ciel.
Leur décoration représente souvent le massacre des ennemis : elle est donc apotropaïque, c'est-à-dire éloignant le mal.
Les statues royales qui précèdent les pylônes ont elles aussi un rôle de protection.
Des mâts de drapeaux "qui atteignent le ciel" sont plantés dans des niches des pylônes. On en compte généralement quatre, mais ils sont huit à Karnak et dix devant le grand temple d'Aton à Akhetaton.
Les obélisques se rencontrent par paires devant les temples divins, mais sont absents des temples funéraires royaux de la rive ouest de Thèbes.
Depuis Hatchepsout, une allée de sphinx précède souvent l'entrée des temples et la "cour de la foule" où le peuple était admis lors des grandes fêtes et où la statue du dieu, menée en procession, pouvait répondre à ses requêtes et rendre ses oracles. Après cette cour finit tout caractère public du culte, le reste n'étant plus que l'affaire du dieu et des prêtres.
Dans la lumière crépusculaire de la salle hypostyle, les scènes de la vie extérieure sont remplacées par des représentations du culte ordonnées avec soin. La salle hypostyle figure le marécage primitif. À partir de là commence la montée vers le saint des saints ; les plafonds s'abaissent et la lumière se raréfie.

Le culte et les fonctions profanes du temple

La décoration de la base du temple est constituée de divinités du Nil.
Au-dessus s'élève l'univers ordonné et structuré du culte où le Pharaon, seul à pouvoir entrer en contact avec la divinité, l'adore et lui présente des offrandes. Aux dons matériels et aux paroles de reconnaissance de Pharaon, le dieu répond par des promesses (signe de vie etc.) pour le roi et son peuple. L'allégresse pour les bienfaits reçus s'exprime non seulement par des paroles, mais aussi par la musique, les danses et les couleurs lumineuses dont les scènes étaient revêtues.

Mais les dieux peuvent également être en colère et le culte devient alors un moyen de les apaiser. Des textes de l'époque amarnienne nous apprennent que, si on négligeait le culte, les dieux quitteraient l'Égypte.

Si le culte en Égypte est toujours étatique, le temple égyptien est aussi une entreprise économique, à la tête de propriétés foncières, un centre artistique, littéraire et scientifique.


Notes (cliquez sur le chiffre pour remonter dans le texte) :

(10) Lorsque le temple finit par en être encombré, on enfuira ces statues (voir la " cachette " de Karnak).


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