Chapitre VIII : Mâat, un concept universel

La déesse Mâat"Mâat est le principe éthique le plus universel et le plus juste établi par les hommes".

Mâat est liée à la musique, à la poésie, à l'art en général, mais surtout à l'idée de justice et de protection des défavorisés ("un pauvre ne parle pas selon Mâat" : un minimum de bien-être est nécessaire à sa pratique, disent les "Instructions pour Merikarê").
Elle conserve cette exigence lors du jugement des morts. D'ailleurs le vizir a parmi ses titres celui de "prêtre de Mâat" et son chef de cabinet est le "scribe de Mâat".

Ce concept de Mâat et sa personnification en déesse remontent au début de l'histoire égyptienne. Représentant l'agencement ordonné, Mâat constitue le fondement de l'univers créé. D'ailleurs, pour les Égyptiens, créer signifie "établir Mâat".
Les dieux, mais aussi les hommes et les bienheureux défunts vivent d'elle. Enfant chéri du créateur, qu'elle remplit de joie, ainsi que l'univers entier. Aussi ancienne que la création, elle vit depuis lors parmi les hommes.
Cependant, pour que Mâat demeure ici-bas, il ne suffit pas de s'insérer passivement dans un ordre préexistant ; on doit plutôt le rétablir, le recréer de manière active. Les effondrements de l'Ancien et du Nouvel Empire sont dus à une insuffisance de Mâat.
Offrande de MâatMais cela n'entraîna pas la résignation des Égyptiens, mais au contraire leur conviction que Mâat, même chassée, peut revenir à tout moment, suite à l'effort du souverain ou des particuliers. La déception, l'injustice et la méchanceté peuvent triompher momentanément, mais, en fin de compte, ne peuvent pas "finir bien". Mâat n'est pourtant pas une utopie : les Égyptiens sont trop pragmatiques pour cela. Si on constate en général un déficit de Mâat, celui qui contribue, même légèrement, à préserver l'harmonie du monde contribue aussi à son accroissement.
Une des manières pour l'homme de rendre Mâat plus parfaite dans le monde est l'offrande de Mâat, une des scènes rituelles les plus importantes que l'on découvre sur les murs des temples égyptiens.

Mâat est la seule des grandes déesses égyptiennes à n'être associée à aucune autre, à l'exception de Tefnout. L'opposé de Mâat est Isfet, l'injustice, le désordre, mais on trouve aussi gereg "mensonge" et chab, "ce qui est tordu".
Cette norme cependant reste humaine. Elle ne se présente pas avec ces prétentions exagérées et des exigences absolues et ne doit pas être poussée trop loin et appliquée de manière rigide : "Tiens-toi à Mâat, mais ne l'exagère pas", dit Ptahhotep dans son enseignement. Car les Égyptiens pensent que l'on peut enseigner Mâat, c'est d'ailleurs à quoi servent leurs "Sagesses", mieux nommées "Doctrines de vie".
À l'époque ramesside, cependant, un doute se fait jour : Mâat est alors considéré comme un don du dieu qui la communique à qui il veut sans que l'homme n'y puisse rien.


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