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La femme et la royauté

La Grande Épouse royale

Si le harem du pharaon comportait des princesses étrangères, il semblerait que le titre de Grande Épouse était réservé à des femmes de souche égyptienne.

Notons toutefois que Ramsès II éleva à ce haut rang la fille du roi des Hittites Hattoushilish. Il faut reconnaître que les circonstances étaient exceptionnelles car ce mariage scellait le premier traité de paix de l'histoire et instaurait une paix durable entre les deux plus grandes puissances de l'époque au Proche-Orient.

Après la fin du Nouvel Empire, le choix des Grandes Épouses fut moins strict, les souverains étant parfois eux-mêmes des occupants d'origine étrangère.

Le rôle de la Grande Épouse royale, Mère de Dieu, est complémentaire à celui du pharaon, tout aussi nécessaire et irremplaçable auprès du souverain, de ses enfants et dans certains aspects du culte.


rôle politique :

La reine mère tenait un rôle d'importance au côté de son fils qui lui témoignait beaucoup d'égards. Si l'héritier royal encore en bas âge devenait orphelin, c'est elle qui exerçait la régence.
La reine se devait donc de se préparer à une telle fonction et tenait le rôle de conseillère auprès de son époux.
À l'image d'Isis qui gérait le pays en l'absence d'Osiris, la reine s'occupait des affaires de l'État lorsque le roi était absent.

Ainsi, au tout début du Nouvel Empire, Ahhotep (Iâh-Hotep), mère d'Ahmosis, le libérateur de l'Égypte après l'occupation hyksos, géra les affaires de l'État à la mort au combat de son époux Sékénenré Taa II, puis à la suite du décès de son fils aîné Kamosé. Plus tard, elle remplaça Ahmosis sur le trône lorsque celui-ci partit en guerre contre l'envahisseur étranger et gouverna réellement le pays.
Une stèle élevée à Karnak par Ahmosis est très explicite à ce sujet :

"Adressez des louanges à la dame des contrées lointaines,dont le nom est exalté dans chaque pays étranger, elle qui gouverne des multitudes, elle qui prend soin de l'Égypte avec sagesse, qui s'est préoccupée de son armée, qui a veillé sur elle, qui a fait revenir les fugitifs et rassemblé les dissidents, qui a pacifié la Haute-Égypte et soumis les rebelles".
Traduction de Christian Jacq, Les Égyptiennes.
Urkunden IV, 21.3-17

Parmi les bijoux découverts par Auguste Mariette dans sa tombe, située dans la nécropole de Thèbes-ouest, se trouvent trois mouches d'or, décorations d'ordinaire remises aux généraux et aux soldats qui se sont distingués au combat par leur vaillance. Ahhotep semble être la seule reine à les avoir reçues.

D'autres femmes à la forte personnalité laissèrent leur empreinte dans l'histoire de l'Égypte :

  • Ahmès-Néfertari, sœur et épouse d'Ahmosis, fut divinisée au début de la XVIIIe dynastie et adorée comme une déesse jusqu'à la fin de l'époque ramesside.

  • La Grande Épouse Royale Nefertiti Tiyi devait exercer une forte influence sur son époux Amenhotep III qui fit élever pour elle un palais à Malgatta, à l'ouest de Thèbes. Son rôle diplomatique n'était pas négligeable puisqu'elle conseillait son époux et écrivait directement aux princes étrangers, cela même lorsque son fils monta sur le trône. Elle n'est probablement pas sans rapport avec la réforme religieuse mise en place par Amenhotep IV et à laquelle elle ne s'opposa pas.

  • L'action de Néfertiti sur son époux Amenhotep IV-Akhénaton n'a certainement pas été négligeable. L'art amarnien en témoigne, ne mettant pas seulement l'accent sur le pharaon mais figurant le couple royal dans des attitudes pleines de tendresse. La reine est même parfois représentée dans des scènes qui étaient, jusque là, réservées au roi : on peut la voir debout sur un char et armée ou massacrant à la massue les ennemis symboliques de l'Égypte.

  • Touy, la mère de Ramsès II, veilla sur le pays durant les vingt premières années du règne de son fils, lors des campagnes de pacification du Proche-Orient. La correspondance échangée avec l'épouse du roi hittite laisse deviner l'importance de sa fonction diplomatique.

  • Nefertari, à qui Ramsès II dédia le superbe petit temple d'Abou Simbel et fit construire la plus belle tombe de la Vallée des rois, semble avoir été l'élue du cœur du pharaon durant une vingtaine d'années. La correspondance qu'elle échangea avec les souverains hittites prouve qu'elle était mêlée de près aux grands événements politiques du royaume.



  • rôle religieux :

    La Grande Épouse royale seconde le roi en l'accompagnant au cours du déroulement du culte officiel.

    Au début de la XVIIIe dynastie, elle prend le titre et la fonction de Hémèt Nétè, "l'Épouse du dieu". Incarnation de Mout, elle se doit de représenter le principe féminin propre à entretenir les ardeurs créatrices d'Amon. À ce titre, elle possède un domaine qui lui permet d'entretenir un collège de prêtresses.

    Cette fonction évolua durant la Troisième Période intermédiaire, époque troublée durant laquelle le pharaon tente de régner à partir de Tanis alors que les grands prêtres d'Amon gouvernent à Thèbes. Le ministère d'Épouse du dieu est désormais confié à une fille du roi. Vouée à l'amour surnaturel d'Amon auquel elle se consacre exclusivement, elle se doit de rester strictement vierge. La charge se transmettait par adoption, généralement de tante à nièce et en vint à supplanter voire même à éliminer le grand prêtre d'Amon à Karnak et à faire de la Divine Adoratrice la véritable souveraine de Thèbes jusqu'à la conquête perse de ~525.

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