Assouan



Syène et Abu

L'ancien nom d'Assouan est Syène, en arabe Sounou signifiant "le marché". Ce n'était qu'un faubourg où avait lieu le marché du premier nome d'Égypte, c'est-à-dire le plus méridional.
La ville proprement dite se trouvait sur l'île d'Éléphantine, Abu en ancien égyptien, en face de la ville moderne sur la rive droite du Nil.

Ce fut autrefois la limite de la civilisation : au-delà s'étendaient des terres étrangères et inhospitalières. En effet, un peu en amont de la ville, les effleurements de granit de la première cataracte du Nil parsèment le lit du fleuve, qui connaît une rapide accélération constituant un obstacle à la navigation et une frontière naturelle. C'est là que prend fin la vallée du Nil : on entre dans la Nubie. Aux champs cultivés bordant les boucles du fleuve succèdent des kilomètres de sable.

Dès le troisième millénaire s'était formé ici un centre d'échanges commerciaux. La Nubie, dont l'ancienne dénomination nub signifie "or" a été depuis toujours une terre d'exploitation : elle fournissait à l'Égypte non seulement l'or mais aussi ses meilleurs soldats, les bois les plus recherchés, les ivoires précieux, des épices très parfumées et de magnifiques plumes d'autruche.
De Syène, on pouvait contrôler le trafic fluvial et le passage des caravanes venant du désert. C'est pourquoi les pharaons en firent une ville de garnison.

À Assouan, il ne reste plus grand chose de Syène : des inscriptions sur les roches de la petite colline de Qsar el-Moula et un petit temple ptolémaïque resté inachevé.
Sur la rive occidentale sont creusés les tombeaux rupestres des importants nomarques de la Ve à la XIIe dynastie, témoignage de la grandeur d'Éléphantine déjà à cette époque même si c'est beaucoup plus tard, sous la domination gréco-romaine, que la ville atteignit son apogée.

La beauté du site d'Assouan, la limpidité du ciel et le climat hivernal clément étaient célèbres dans l'Antiquité classique et rappellent qu'on se trouve ici au tropique du Cancer.

Le plus grand géographe de l'Antiquité, Eratosthène, bibliothécaire à Alexandrie sous les Ptolémées, mesura la circonférence de la Terre à partir d'observations faites à Éléphantine et à Alexandrie. Il remarqua que les rayons du soleil atteignaient la verticale et ne laissaient pas d'ombre à Éléphantine lors du solstice d'été alors que le même jour à Alexandrie, un piquet vertical jetait une ombre montrant que le soleil était à 7° de son zénith. Connaissant la distance entre les deux villes, il calcula la conférence totale de la Terre : ses résultats ne s'écartent que de quelques kilomètres de la réalité.



L'obélisque inachevé

L'une des richesses de la région, dès l'Antiquité, fut l'exploitation des carrières : granit, schiste, albâtre. La plupart des obélisques d'Égypte furent taillés dans le granit d'Assouan.
Dans la zone des carrières de granit, immédiatement au sud de la ville, on peut voir un obélisque assez remarquable, qu'on a abandonné là parce qu'il s'était fissuré. Il mesure environ 42 mètres et serait l'un des plus hauts qui existeraient si on l'avait dressé.



L'île d'Éléphantine

L'île Éléphantine a un kilomètre et demi de long. Elle possède d'épaisses palmeraies et de beaux jardins. Un petit musée conserve des pièces découvertes dans la région et en Basse-Nubie.

Sur la rive sud-est de l'île, un escalier de 90 marches descend jusqu'au fleuve. Il est placé entre des murs sur lesquels est gravée une graduation servant à mesurer la hauteur des crues : c'est le nilomètre.
Cette mesure était l'une des tâches importantes du gouverneur d'Éléphantine.

"On y trouve des repères qui indiquent les crues les plus fortes et les plus faibles (…) grâce à ces repères et à ces mesures, (les Égyptiens) ils connaissent et annoncent à l'avance quelle sera l'ampleur de l'inondation. Ces prévisions sont très utiles aux agriculteurs qui peuvent ainsi répartir les eaux au moyen de digues, de canaux et d'autres installations similaires, et également aux gouverneurs qui peuvent imposer de plus forts tributs quand les inondations sont plus fortes".
Strabon

Selon un texte d'Edfou, si le Nil atteignait 24 coudées à Éléphantine, il apporterait assez d'eau pour irriguer les terres de façon satisfaisante. Sinon, les récoltes pouvaient être désastreuses.
Le phénomène des crues du Nil était associé au dieu Hâpi, divinité qui symbolisait l'abondance.
La croyance voulait que la cataracte soit le lieu d'origine des sources du Nil : d'une mystérieuse caverne illustrée sur un relief de l'île de Philae, Hâpi déversait les eaux bienfaisantes qui, chaque année, inondaient la vallée.

Auprès du nilomètre, des fragments de colonnes, des surfaces recouvertes de dalles et un naos renversé sont ce qui reste du temple de Khnoum, commencé par Nectanebo II et dont la construction a été poursuivie par les Ptolémées et les Romains.

Tout à côté, on trouve les traces du temple de Satis, épouse de Khnoum, construit par Thoutmôsis III ainsi qu'une suite de chapelles autour d'une cour, bâties pour Hâpy, dieu de l'inondation. Lorsque l'expédition française passa dans la région en 1799, ces temples étaient encore debout mais ils furent détruits trente ans plus tard par Mohammed Ali qui se servit des blocs de calcaire pour se faire construire un palais.



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