Les temples de Karnak


Histoire architecturale


Le site de Karnak, le plus grandiose et le plus complexe des ensembles religieux de l'Égypte ancienne comprend trois ensembles principaux : l'enceinte du dieu faucon Montou au nord, celle d'Amon et, au sud, celle de la déesse Mout, son épouse.
À cela s'ajoutent les édifices isolés situés à l'intérieur comme à l'extérieur de la grande enceinte ainsi que le temple de Louxor, le "harem méridional".

L'axe principal du temple d'Amon, perpendiculaire au fleuve, se développe à partir du Saint des saints à l'est jusqu'au Nil à l'ouest, respectant l'orientation traditionnelle des temples égyptiens.
Fait inhabituel, un axe secondaire nord-sud conduit au complexe sacré de la déesse Mout.

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Le temple s'est agrandi au fil des siècles à partir du sanctuaire initial dans une succession de portails, cours, salles hypostyles tant vers l'ouest que vers le sud.
Ainsi, en pénétrant dans le temple à partir du premier pylône, le visiteur remonte progressivement le temps jusqu'à la partie la plus ancienne, le Saint des saints, au cœur de l'immense édifice.

La construction du temple de Karnak s'étendit sur près de deux millénaires, de la XIe dynastie à la fin de l'époque ptolémaïque.
Chaque pharaon se devait d'apporter sa contribution à l'édification, l'agrandissement et l'embellissement de temple, détruisant pour cela certaines parties ou réemployant diverses structures précédentes.
Il est donc naturel que le vaste champ de ruines actuel donne au visiteur moderne une impression de grande complexité.

Dès l'Ancien Empire, le site abritait le culte d'une divinité locale, Montou. L'existence du temple d'Amon est attestée sous Antef II sous le nom de "demeure d'Amon". Mais c'est sur les parois de la "chapelle blanche" de Senousret Ier que la dénomination traditionnelle d'Ipet-sout, "celle qui recense les places" est attestée pour la première fois.

Le sanctuaire d'origine constitue le noyau autour duquel s'est développé cet immense ensemble vers l'ouest et, concurremment, vers le sud.
Vraisemblablement situé à l'emplacement de la salle des fêtes de Thoutmosis III et du sanctuaire de la barque de Philippe Arrhidée, il devait comporter trois chambres alignées d'ouest en est.

Sous Thoutmosis Ier le temple est englobé dans une première enceinte fermée par le cinquième pylône, constituant une cour entourée d'un péristyle. Le tout est enfermé dans une seconde enceinte reprenant le quatrième pylône devant lequel le pharaon fait élever deux obélisques dont seul celui du sud est parvenu jusqu'à nous.

La deuxième phase importante des travaux remonte au règne d'Hatchepsout qui fait construire des chambres d'offrandes, un sanctuaire de la barque sacrée, "la chapelle rouge" ainsi que deux obélisques de granit rose d'Assouan, en avant du cinquième pylône. Un seul est toujours debout.
C'est probablement elle qui entreprend également l'édification du temple de Mout.
Elle remplace également le septième pylône de briques par une construction en pierres.

Thoutmosis III s'occupera de défaire ou de modifier ce qu'avait fait Hatchepsout.
Il enferme les deux obélisques de la reine dans un caisson de grès d'où ne dépassent que les pointes, triple la colonnade de Thoutmosis Ier, élève le sixième pylône où il fait figurer son triomphe lors de la bataille de Meggido, construit un vestibule entre le quatrième et le cinquième pylône et fait également aménager le lac sacré ainsi que l'enceinte du sanctuaire.
À l'est, il construit un temple de régénération, l'Akh-menou, ainsi qu'un reposoir de barque en granit rose, aujourd'hui détruit mais que Philippe Arrhidée reproduisit exactement.
Dans l'axe nord-sud, il fait élever le septième pylône, précédé de deux colosses de part et d'autre de la porte ainsi que deux obélisques maintenant disparus.

Obélisque de Saint-Jean-de-Latran à RomeÀ l'est de l'enceinte il fait bâtir un petit sanctuaire au centre duquel Thoutmosis IV placera le "tekhen wâty", un obélisque isolé que l'on peut voir encore de nos jours à Rome devant Saint-Jean-de-Latran et qui, avec ses 33 mètres de haut, est le plus grand obélisque connu.

Au nord, contre l'enceinte, il élève un temple au dieu Ptah. Amenhotep III élève la colonnade du milieu de la salle hypostyle ainsi que le troisième pylône, ferme l'allée processionnelle vers le temple de Mout en élevant en brique le dixième pylône qu'Horemheb reconstruira en pierre.

Durant la période amarnienne, Amenhotep IV élève à l'est un temple en l'honneur d'Aton. Celui-ci fut détruit lors de la période de réaction qui suivra et ses talatates serviront à remplir les trois pylônes construits ultérieurement par Horemheb.

La célèbre et monumentale salle hypostyle appelée "le temple de Séthi-Mérenptah est lumineux dans la demeure d'Amon" est construite par Séthi Ier et sera achevée par Ramsès II.
Ce dernier aménage un dromos de criosphinx qui mène au quai-débarcadère où Séthi II élève deux obélisques.
Séthi II construit également un reposoir destiné à recevoir les trois barques de la triade thébaine.
De l'autre côté de l'axe, Ramsès III en construit un également.

Chéchonq Ier ferme la cour devant le deuxième pylône. Taharqa construit un kiosque au centre de cette cour.
Le premier pylône inachevé et l'enceinte actuelle remonte à la XXXe dynastie.

L'histoire architecturale du temple d'Amon prend fin au début de la période ptolémaïque après 2.000 ans ou presque de travaux ininterrompus.

Le site est redécouvert au début du XVIIIe siècle par le capitaine Norden et le révérend Poclocke mais c'est l'expédition de Bonaparte et la Description de l'Égypte puis la visite de Champollion et les relevés et croquis de B. Cronstrand, D. Roberts, N.L'Hôte et H. Horeau qui le font connaître.

Sous Mehemet Ali, le site servit de carrière tandis que les paysans venaient y prendre le sebakh destiné à fumer leurs terres. De plus, dès l'époque romaine, des éléments du temple quittent le pays : ainsi, la Chambre des Ancêtres et l'obélisque de Louxor aboutissent à Paris.
En 1858, avec la création du Service des Antiquités, Auguste Mariette commence le dégagement des temples.


Sources principales :

- Sergio DONADONI, Thèbes. Paris, Arthaud, 1999.
- S. AUFRÈRE, J.-Cl. GOLVIN et J.-Cl GOYON, L'Égypte restituée, Tome 1. Paris, Errance, 1994


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