Le grand temple de Ramsès II : la stèle du mariage


Le contexte historique

La bataille de Qadesh en l'an 5 du règne de Ramsès II ne mit pas un terme aux affrontements entre Hittites et Égyptiens. En fait, l'arrêt des hostilités semble coïncider avec la mort du roi Mououattali vers l'an 10. Le royaume hittite connaît alors une crise dynastique : un fils batard de Mououattali, Ourhi-Téshoup, s'empare du trône sous le nom de Moursil III, spoliant son oncle Hattousil III qui finira par le supplanter.
En l'an 21, Ramsès II et Hattousil III signent un traité de paix. Dès lors, une correspondance suivie s'établit entre les deux familles régnantes. En l'an 34, Ramsès fait de la fille aînée d'Hattousil sa Grande Épouse Royale. Elle fut baptisée du nom égyptien de Maât-Hor-néférou-Rê, Celle-qui-voit-Horus-incarnation-de-Rê. Quelques années plus tard, le roi épousera une seconde princesse hittite.

L'événement semble de taille puisque le roi en fit graver le récit de manière plus ou moins abrégée dans le temple de Karnak, à Éléphantine et en Haute-Nubie dans les temples d'Aksha et d'Amara-ouest.


Le contenu de la stèle

La stèle débute par une accumulation d'éloges :

La stèle du mariageL'an 34... ... lui dont les régions les plus lointaines mentionnent la victoire... ... mur de silex autour de l'Égypte... ... Champion de son infanterie, défenseur de sa charrerie... ... époux de l'Égypte...
Ici commence ce monument impérissable, destiné à magnifier la force du maître du bras, à exalter (sa) vaillance, à vanter (sa) puissance : monument (évoquant) les grandes merveilles mystérieuses advenues au maître des Deux Terres... ... lui qui est Rê en personne, plus que toute forme divine, et à qui, à peine mis au monde, la vaillance a été départie, Ramsès !... ... Il est la semence divine de tout dieu, il a été mis au monde par toute déesse, il a été élevé pour le Bélier, maître de Mendès, dans la grande demeure d'Héliopolis, Ramsès ! Image de Rê, symbole de Celui-qui-réside-à-Héliopolis. Lui dont les chairs sont en or, les os en argent, les membres en lapis-lazuli, fils de Seth, nourrisson d'Anat... ... Utile en Haute Égypte, aimé du Delta, lui à la vue de qui tous les être jubilent; sa vigueur est pour eux comme l'eau et l'air, son amour comme le pain et le vêtement, orbe solaire de l'Égypte entière... ... Toutes les Deux Terres se réunissent comme un seul homme, disant à Rê, à son lever : "Donne-lui l'éternité dans la royauté, pour qu'il brille pour nous chaque jour, comme toi; accorde qu'il se renouvelle sans cesse pour nous, comme la lune, et qu'il prospère [comme] le ciel !"

À cette époque, une grave période de sécheresse semblait avoir affaiblit le Khatti au risque de voir le pays tomber sous la dépendance de l'Égypte. Il n'est pas impossible que ces conditions climatiques aient poussé Hattousil, d'abord réticent, à accorder la main de sa fille au roi égyptien :

Quand ils virent leur pays en cette situation malheureuse, sous l'empire des Grandes Âmes du maître des Deux Terres, Ramsès, alors le grand chef du Khatti dit à son armée et à ses chefs :

"Qu'est-ce donc ? Notre pays est dévasté, notre maître Soutekh est fâché contre nous, le ciel ne donne plus d'eau en face de nous ... ... Dépouillons-nous de tous nos biens, en tête desquels ma fille aînée, et portons nos présents d'honneur au dieu vivant, pour qu'il nous accorde la paix et que nous vivions, ô Ramsès !
"

Hattousil prend donc la décision d'envoyer sa fille en Égypte avec un trousseau digne de son rang, à la grande satisfaction de Ramsès :

Aussitôt donc, sa Majesté fut saisie de plaisir et elle découvrit le palais en joie quand elle apprit cette situation inouïe, qu'on n'avait jamais connue du tout en Égypte auparavant ... ... Alors Hattousil fit amener sa fille aînée et des tributs magnifiques d'or, d'argent, de bronze, de serfs, d'attelages de chevaux, de bétail, de chèvres, de béliers par milliers, en dons pour Pharaon.

La princesse est accompagnée dans son long voyage par un détachement hittite. Des notables ainsi qu'un détachement égyptien les rejoindront à la frontière :

Sa Majesté se complut à s'entendre dire : "Vois, le grand souverain du Khatti a envoyé sa fille aînée avec un riche tribut; la princesse et les grands du Khatti ont parcouru une longue route pour l'apporter. Ils ont traversé de lointaines montagnes et de dangereux défilés, et maintenant ils vont atteindre les frontières de Ta majesté. Puisses-tu envoyer l'armée et les grands les accueillir en hâte, ô Ramsès !"

Alors Sa majesté se mit à réfléchir sur le sort de l'armée à dépêcher
.

Ramsès, dans une grande prière à Seth obtient de lui que le temps soit clément malgré l'hiver. Plus prosaïquement, il n'est pas impossible que Ramsès connaissait le phénomène de l'été de la Saint-Martin et en ait tiré profit :

Comment feront ceux que j'envoie en Syrie en ces jours de pluie et de neige ? Alors il offrit une riche offrande à son père (Seth), disant : "Le ciel est sur tes mains, la terre sous tes pieds, tout ce qui se produit est ce que tu as ordonné; comme le fait que tu n'as provoqué de pluie, de froid et de neige, pour que me touche le prodige que tu m'as donné en lot."

Alors son père Seth prêta attention à tout ce qu'il avait dit : aussitôt le ciel s'apaisa et les jours de l'été (Shémou) remplacèrent ceux de l'hiver-printemps (Péret); aussi son armée et les grands prirent la route d'un pas léger et le coeur joyeux.

Voyez, lorsque la fille du grand souverain du Khatti entra en Égypte, les fantassins, les charriers et les envoyés de Sa Majesté l'escortèrent, se mêlant aux fantassins, aux charriers et aux grands du Khatti... ... Ils mangeaient et buvaient ensemble, unis comme des frères. Personne ne traita son compagnon avec mépris, la paix et la fraternité régnaient entre eux, pareilles à celles qui habitaient le dieu lui-même, Ramsès !

Enfin, la princesse se présente devant Ramsès :

Sa majesté vit qu'elle était belle, la première parmi les femmes, et les grands (la considéraient comme) une réelle déesse.

Voyez, c'était un grand événement hors du commun, un prodige inappréciable qu'on ne connaissait pas, on n'en avait pas entendu parler de bouche en bouche, que les écrits n'avaient pas enregistré depuis le temps des dieux : la fille du grand souverain du Khatti, entrant et pénétrant en Égypte pour rencontrer Ramsès Méryamon ! Elle fut agréable au coeur de Sa Majesté qui l'aima plus que tout. Elle constituait pour lui un événement d'exceptionnelle importance, une victoire que son père Ptah-Ténen lui avait ménagée !

Par son mariage, la princesse ne faisait pas une simple entrée dans le harem de son époux, elle devenait "Grande Épouse Royale" :

Son nom fut proclamé : "Grande Épouse royale Maât-Hor-Néférou-Rê, qu'elle vive ! Fille du grand souverain du Khatti et fille de la grande reine du Khatti"...
Elle fut installée dans le palais royal, accompagnant chaque jour le souverain, son nom rayonnant sur la terre... ...

Une paix relative est désormais établie entre l'Égypte et l'Asie :

Aussi, après ce prodige, un homme ou une femme qui allait en Syrie pour affaires pouvait gagner le pays de Khatti sans que la peur soit dans son coeur, grâce aux victoires de Sa Majesté.

Le bas-relief

Trois personnages sont assis sous un pavillon dont le toit, soutenu par de fines colonnes ornées de rubans, est surmonté d'une frise de cobras. Au centre de ce groupe, Ramsès est assis sur un trône décoré du sema-taoui. Coiffé du némès et de la couronne de Tatenen, il tient dans la main droite le sceptre heka. Sa main gauche est tendue vers le dieu Ptah-Tatenen.
Sur la gauche, le dieu Seth, coiffé de la couronne blanche, fait un geste de protection en direction du roi.

La partie droite de la scène montre Hattousil accompagné de sa fille. Il s'agit probablement d'une représentation symbolique, aucune source n'attestant la présence d'Hattousil en Égypte au cours de cet événement. Le roi hittite porte un ample manteau et est coiffé d'un bonnet phrygien. La princesse est vêtue à l'égyptienne et porte sur la tête la dépouille de vautour, symbole des reines d'Égypte. La colonne de hiéroglyphes gravée devant elle mentionne son nom, gravé dans un cartouche, ainsi que son titre, "fille du grand chef du Khatti".


Sources :
- Christiane Desroches-Noblecourt, Ramsès II. La véritable histoire. Éditions Pygmalion, Gérard Watelet, 1996.
- Christiane Desroches-Noblecourt, Ramsès II. Cédérom, éditions Syrinx, 1998.
- Madeleine Peters-Destéract, Abou Simbel. À la gloire de Ramsès. Éditions du Rocher, 2003.
- Claude Vandersleyen, L'Égypte et la vallée du Nil, Tome 2. Presses Universitaires de France, 1995.

Imprimer la page Pour m'écrire