Les temples de Nubie : Dakka

Le temple de DakkaSituée à 110 kilomètres d'Assouan, sur la rive est du Nil, la forteresse de la ville de Baki (Kouban), édifiée sous Sésostris Ier (XIIe dynastie), faisait partie de la ligne défensive établie entre la première et la deuxième cataracte et protégeait la piste de l'Ouadi Allaqi qui menait à d'importants gisements aurifères. La région était d'importance et Thoutmosis III fit ériger sur la rive gauche un temple en l'honneur de l'Horus de Baki.

Le temple de Dakka (la Pselchis grecque) fut élevé au même endroit par le roi nubien Ergamène et par Ptolémée II au moment où ils exerçaient le co-principat sur la Basse Nubie, au IIIe siècle avant notre ère. Il fut à nouveau décoré et agrandi par d'autres Ptolémées et par les empereurs romains Auguste et Tibère.

En 1961, les Service des Antiquités égyptiennes déplaça le temple, alors fort délabré, vers la Nouvelle Seboua, 50 kilomètres plus au sud-ouest. C'est à cette occasion que furent découverts des blocs remployés provenant du sanctuaire thoutmoside dédié à l'Horus de Baki, sur lesquels Hatchepsout et Thoutmosis III apparaissent conjointement.
Le temple de Dakka est dédié à «Thot -(de la Place)- du Sycomore» ou Thot de Pnoubs (pa-nebes).
Fait exceptionnel, il est orienté du nord au sud alors que tous les autres édifices de Nubie regardent vers le soleil levant.

Zoom sur le plan du templeLe pylône, précédé d'une chaussée, est séparé du reste de la construction suite à l'effondrement puis à la disparition des deux murs d'enceinte de la cour. Au-dessus de la porte, un disque solaire portant l'uraeus étend ses ailes. Sur sa face sud, de part et d'autre de l'entrée, une petite porte ouvre sur un escalier intérieur qui permet d'accéder à trois étages de chambres.

La façade du pronaos est ornée de reliefs où Ptolémée Évergète sacrifie à diverses divinités. Les montants de l'entrée sont engagés dans deux colonnes aux chapiteaux ornés de fleurs de lotus. Les murs d'entrecolements s'élèvent à mi-hauteur, permettant ainsi à la lumière d'entrer dans le vestibule.

Suivent trois salles en enfilade, dont le sanctuaire où se dresse encore un tabernacle de pierre. La décoration des salles, fortement endommagée par le temps et par les inondations est inachevée. Les reliefs, pourtant d'époque récente (grecque et romaine), ont été gravés avec soin. Notons au passage, sur le montant de la porte ouvrant sur le sanctuaire, une représentation de la déesse Anoukis :

Ce n'est là qu'un «détail», une gravure point trop assurée, mais la grâce est touchante. La main droite tient une mince haute canne, qui s'achevait par une ombrelle de papyrus aujourd'hui disparue dans un éclat de pierre; la gauche serre le signe de vie. Sur la tête, une coiffure disproportionnée s'évase en buisson de plumes.
Max-Pol Fouchet, Nubie, Splendeur sauvée, p.134.

Cliquer pour voir le bas-relief originalUn bas-relief de la petite chapelle romaine où une lionne en colère fait face à un petit singe, illustre le mythe de la Lointaine :
Lorsque gouvernait l'Égypte, la déesse Hathor, dans un moment de colère, quitta le palais de son père et se rendit en Nubie où elle prit l'aspect d'une lionne sanguinaire. chargea Shou et Thot de la faire revenir en Égypte. Pour l'aborder, ceux-ci se transformèrent en singes. Les arguments de Thot apaisèrent la déesse et parvinrent à la convaincre de regagner l'Égypte. Dans le but de la calmer définitivement, Thot la précipita dans les eaux de la première Cataracte. Dès lors, elle s'affirma sous les traits bienveillants d'une chatte, la déesse Bastet, patronne de la famille et protectrice du foyer. Les retrouvailles de et de Hathor eurent lieu à Philae où la partie orientale de l'île a été consacrée au retour de la déesse lointaine en Égypte. On peut associer ce retour mythologique de la Lointaine à celui de l'inondation du Nil qui marquait le début de la nouvelle année et ramenait la joie et la prospérité dans le pays.

Aussi la façade du temple de Thot, Maître de l'Inondation, à Dakké, était-elle exceptionnellement orientée vers le nord, le pays d'Égypte, où la barque allait ramener la Lointaine pour qu'elle retrouve le berceau des siens, situé à cette époque dans l'île de Philae, dont le grand pylône est tourné vers le sud pour l'accueillir.
Christiane Desroches Noblecourt, Le secret des temples de Nubie, pp 264-265.


Visite du temple en images
17 photographies

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