Les temples de Nubie : Kalabsha

Le temple de KalabshaLe temple de Kalabsha, d'une longueur de 71,60 mètres sur 35,50 est, après Philae, le plus grand sanctuaire de Nubie.
Provenant d'un des centres les plus importants de Basse Nubie, connu sous le nom grec de Talmis (Taset ou Termis pour les Égyptiens), situé à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Assouan, ce temple a été démonté de son site d'origine et reconstruit à 40 kilomètres au Nord, près du Haut Barrage, sur la rive gauche du Lac Nasser.

Cette entreprise réalisée par les Allemands fut la première du genre et servit de modèle aux autres travaux du même type.

Lors du démontage du temple, on trouva dans sa structure les blocs remployés d'une porte monumentale intégralement décorée de scènes d'offrandes datant du Ier siècle av. J.-C. Ils furent transférés à Berlin, comme cadeau de l'Égypte, et remontés comme "porte de Kalabsha" à l'Ägyptisches Museum.
Les fragments d'un petit sanctuaire ptolémaïque ont également été mis à jour et reconstitués sur l'île d'Éléphantine.

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Plan et reconstitution du temple de KalabshaLe temple, dont les fondations remontent au règne d'Amenhotep II, a été édifié sous le règne de l'empereur Auguste sur une structure érigée sous Ptolémée IX.

Il comporte tous les éléments "classiques" d'un temple de l'époque gréco-romaine :

  • Une tribune prolongée par un quai inachevé, long de 30 mètres et large de 8 mètres, reliaient l'entrée du sanctuaire au Nil.

  • Un pylône massif, d'une lourdeur toute romaine, est tourné vers l'est et n'est pas parallèle au reste du bâtiment. Il est exempt de reliefs, si ce n'est un beau disque solaire flanqué de deux uraei sur le portique d'entrée.

  • Il s'ouvre sur une cour dallée, bordée sur trois côtés par un péristyle.
    La décoration de la cour n'a jamais été terminée. On peut toutefois y voir les bâtisseurs des temples antérieurs : Amenhotep II face à Min et à Mandoulis et Ptolémée IX faisant une offrande aux principales divinités du temple, Isis, Mandoulis et Horus.

  • Entre les colonnes aux chapiteaux composites, des murs d'entrecolement délimitent l'entrée de la salle hypostyle du pronaos dont le toit a disparu. Cette salle fut décorée sous les règnes des empereurs Trajan et Antonin le Pieux.

  • Viennent ensuite les trois salles intérieures du sanctuaire dont la dernière enfermait le naos et dissimulait un escalier menant à une cachette réservée au trésor du temple.
    Les textes de la première salle, tout comme ses reliefs, sont inachevés. Par contre, les parois de la deuxième et de la troisième salle sont couvertes de représentations. On peut y voir des scènes traditionnelles dans lesquelles apparaissent les principaux dieux du temple, mais également le dieu Dédoun et Imhotep, architecte du roi Djoser divinisé à la Basse-Époque. Malheureusement, leurs couleurs jadis célébrées pour leur excellente conservation ont été effacées par les submersions, après la construction du premier barrage d'Assouan.
    Un escalier logé dans le mur sud conduit au toit et à une chapelle dédiée à Osiris.

  • Le temple est entouré de deux murs d'enceinte en pierre. Le premier ne laisse qu'un étroit corridor permettant de circuler à l'extérieur du sanctuaire. Au sud de ce couloir se trouve un nilomètre et un puits.

    Le second mur englobait l'ensemble du sanctuaire, y compris une petite chapelle dédiée au dieu Dédoun située à l'angle sud-ouest. Cette chapelle composée d'un péristyle donnant sur une chambre creusée dans le rocher faisait sans doute fonction de "maison de naissance" ou "mammisi".
    Une chapelle très endommagée, datant de l'époque ptolémaïque se trouve dans l'angle nord-est du temple.

  • Notons, sur le mur extérieur ouest un grand tableau de 3 mètres 50 de haut sur une largeur de 7 mètres. Sur la partie droite, le relief où le roi présente un encensoir à Osiris, Isis et Horus est inachevé et fortement endommagé. Sur la partie gauche, le pharaon fait face à Isis, Horus et Mandoulis qui, ici, remplace Osiris.

  • Au nord, au-delà des murs d'enceinte, s'étendent les entrepôts et les magasins du sanctuaire.

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    Sois bienveillant, ô Mandoulis, fils de Zeus, et incline la tête vers moi pour exprimer ton assentiment ! Sauve-moi et sauve ma femme bien-aimée et mes chers enfants ! Je fais constamment appel à Toi pour que mes compagnons et mes esclaves féminines soient délivrés de toute maladie et de tout travail pénible, et pour que nous puissions retourner dans notre patrie. Combien heureux sont les gens qui vivent dans [la ville] sainte de Talmis, aimée de Mandoulis, le dieu-soleil, et qui est sous l'autorité souveraine d'Isis, la déesse à la belle chevelure et aux nombreux noms !
    Prière gravée par le décurion Maximos, cour du temple de Kalabsha.

    Le dieu MandoulisLe temple est dédié à Mandoulis, dieu nubien intégré par syncrétisme dans le mythe osirien. Ce dieu est représenté sous différentes formes. Sous son aspect jeune, il a la tresse bouclée de cheveux sur la tempe droite et porte le doigt à la bouche. Sous son aspect aîné, il possède la plus lourde couronne pharaonique, insigne de la puissance et de la gloire. Enfin, soulignons la fréquence d'une représentation d'oiseau à tête humaine porteur du diadème de Mandoulis, une forme particulière du dieu local, peut-être son bâ.

    Les prières, comme celle citée plus haut, les inscriptions et les patronymes gravés sur les murs du temple datent, pour la plupart, des IIe et IIIe siècles après J.-C. et laissent supposer qu'une partie des fidèles provenaient de la garnison romaine stationnée dans la ville de Talmis.
    Profitant de l'affaiblissement de l'autorité romaine dans la région, la tribu nomade des Blemmyes fit de Kalabsha sa capitale religieuse. Ils continuèrent à y vénérer Mandoulis après la christianisation de l'Égypte.

    Les parois portent les traces de documents importants :

  • une inscription grecque d'Aurelius Besarion (env. 249 av. J.-C.), le gouverneur de Ombos et de Éléphantine, ordonne l'expulsion des porcs de la ville pour des raisons religieuses;

  • un texte écrit en méroïte, la langue de la Nubie antique, datant de l'époque du roi des Blemmyes, Kharamadeye, n'a toujours pas été déchiffré;

  • enfin, un décret, rédigé en grec, du roi chrétien des Nobades, Silko, célébrant sa victoire sur les Blemmyes, est gravé sur un des murs de la salle hypostyle.
    Cette victoire sur l'une des principales tribus de Basse-Nubie écarta définitivement de la scène politique les derniers fidèles de la religion pharaonique et accéléra l'avènement du Christianisme dans la région, ce qui mena à la transformation du temple de Philae et de celui de Kalabsha en églises, au VIe siècle.

  • Sur le pylône, deux textes en copte, évoquent ces changements : Moi, le prêtre Paulos, ai prié ici pour la première fois et Moi, le prêtre Paulos, ai dressé la croix pour la première fois en ce lieu.


    Visite du temple en images
    43 photographies

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