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Histoire de la Nubie : Le Royaume de Kerma

Dès le début du Moyen Empire égyptien, les pharaons de la XIIe dynastie vont mener une véritable politique planifiée de colonisation de la Nubie.
Les armées de Sésostris Ier mettent définitivement le Ouaouat sous contrôle égyptien. Un réseau de forteresses surveille les pistes des carrières et des mines d'or, principalement celle du Ouadi Allaqi, ainsi que les mouvements des caravanes et des nomades potentiellement hostiles.
Sous Sésostris III, le contrôle égyptien s'intensifie, l'armée pénètre à trois reprises en territoire koushite, la frontière est reportée au sud de la Troisième Cataracte, renforcée par les forteresses de Semna et de Koumma.
Le rôle premier de ce système défensif est d'enrayer toute tentative d'invasion du premier véritable royaume nubien, celui de la culture de Kerma, appelé Iam en ancien égyptien.

Située dans la riche plaine du Dongola, en amont de la Troisième Cataracte, Kerma donna son nom à un royaume et à une culture dont l'influence perdura pendant plus d'un millénaire.

Les archéologues distinguent actuellement quatre grandes périodes :

  • La phase pré-Kerma, située entre le Néolithique et le Kerma Ancien (vers 2.800-2.400 a.n.è.)

  • Le Kerma Ancien (vers 2.400-2.050 a.n.è)

  • Le Kerma Moyen (2.050-1.750 a.n.è)

  • Le Kerma Classique (1.750-1.500 a.n.è)

  • Le Kerma Ancien

    Cette phase de la civilisation nubienne correspond à l'Ancien Empire et à la Première Période Intermédiaire égyptiens.
    Il est probable que dans un premier temps, avant de s'organiser sous l'autorité des princes de Kerma, ce royaume fut constitué de petits gouvernements de même culture, en grande partie nomades, qui s'échelonnaient tout au long de la vallée entre la Deuxième et la Quatrième Cataracte.
    On trouve déjà trace, à cette époque, de relations commerciales avec les cultures de Groupe C ainsi qu'avec l'Égypte.
    Les principaux indices de cette civilisation proviennent des nécropoles. Les tombes sont de petites fosses surmontées d'un tumulus, de dalles de pierres noires et de galets blancs ou d'une stèle. Le défunt, recouvert d'une peau de bovidé, est enseveli avec son mobilier personnel, ses armes, ses parures et bijoux. Les sacrifices d'animaux sont fréquents : chèvres et moutons sont parfois placés auprès du défunt alors que des bucranes sont déposés en bordure de la fosse.

    Le Kerma Moyen

    Il semble que c'est à cette période que les diverses chefferies locales commencent à se fédérer sous l'autorité du prince de Kerma.
    La capitale se développe et contrôle les routes commerciales vers l'Afrique orientale et centrale.
    Certaines tombes s'agrandissent afin de recevoir un matériel funéraire plus imposant et plus riche, ce qui laisse deviner une hiérarchisation de la société. Des chapelles sont construites à proximité des sépultures des personnages les plus importants de la communauté.

    Le Kerma Classique

    La culture de Kerma atteint son apogée entre 1750 et 1500 à un moment où l'Égypte, divisée et envahie par une population étrangère, connaît l'une des périodes les plus sombres de son histoire.

    DeffufaProfitant du retrait égyptien en Basse Nubie, les princes de Kerma vont étendre leur territoire sur près de 1000 kilomètres entre la Première et la Quatrième Cataractes. Ils occupent les anciennes forteresses égyptiennes et passent alliance avec les Hyksôs du Delta du Nil contre les dynastes thébains.
    Kerma va connaître une grande prospérité jusqu'à la réunification de l'Égypte par Khamose, les premiers souverains de la XVIIIe dynastie se tournant alors à nouveau vers la Nubie. Durant cette reconquête, la population nubienne est égyptianisée ou refoulée plus au sud. Sa culture propre semble effacée jusqu'à l'apparition, plusieurs siècles plus tard, d'un nouveau royaume, celui de Napata.

    Durant sa période classique, la ville de Kerma témoigne d'une urbanisation élaborée. Entourée de fortifications, elle comprend des ateliers, des fermes, des constructions rectangulaires en briques, des palais ainsi qu'un vaste quartier religieux dominé par la deffufa (terme nubien désignant un ouvrage fortifié en briques crues) et une hutte de grande taille, probablement une salle d'audience royale. La nécropole est impressionnante. Les tombes princières sont recouvertes d'immenses tumuli pouvant atteindre une centaine de mètres de diamètre. La richesse du mobilier funéraire (vaisselle précieuse, bijoux en or...) témoigne de l'importance du défunt, enseveli selon la tradition nubienne sur un lit funéraire, l'angareb. Alors que les sacrifices d'animaux se raréfient, on a retrouvé dans ces tombes des centaines de sacrifiés humains dont le nombre est un indicateur de la position sociale du mort. Les sépultures des personnes plus modestes sont situées à la périphérie des tombes royales.

    Site de KermaLorsque l'archéologue George Reisner fouilla, entre 1913 et 1916, le site de Kerma, il émit l'hypothèse que la ville était une sorte d'avant-poste de Double Pays, tant le nombre d'objets égyptiens exhumés de la nécropole était important.
    En fait, sa situation stratégique, au carrefour de l'Afrique profonde, de la Mer Rouge et de l'Égypte, permit à la ville de servir de poste de transit aux marchandises provenant du Sud et de l'Est.
    Les contacts commerciaux et militaires marquèrent de leur influence la civilisation de Haute Nubie, notamment au niveau de la religion et de l'organisation politique, et donnèrent à ses princes un goût prononcé pour les produits de la Terre des pharaons.
    Il n'en reste pas moins que la céramique locale avec ses vases aux formes élégantes, aux décors en reliefs et aux parois très fines, atteignit à cette époque un très haut degré de perfection.

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